Publié le 26 août 2022

Station de recharge Tesla à Zurich. – © Ank Kumar

Les journalistes ont pour tâche d’expliquer le comment et le pourquoi de ce qui se passe. Mais là, pardon, nous sommes dépassés. Sur tant de sujets, c’est à n’y rien comprendre. La logique de la guerre n’est guère logique. Elle affole la raison. Du plus grand évènement aux lointaines conséquences, on n’arrive plus à démêler les contradictions. Exemples en vrac.

– La centrale nucléaire de Zaporijjia est aux mains des Russes qui, selon Kiev, y auraient déposé des munitions et des armes. Des missiles atterrissent à sa proximité, causant d’évidents et effrayants périls. Or les Ukrainiens veulent faire croire que ce sont les occupants qui les tireraient. Sur leurs positions donc. Cela dépasse l’entendement.

– Les Européens craignent les froidures à venir, faute de gaz. Rappel: au début de la guerre, Poutine assurait que Gazprom honorerait ses contrats avec les pays amis ou pas. Puis la décision fut prise par l’UE d’interrompre toute importation d’hydrocarbures de Russie. Avec quelques délais… Ouvrant ou fermant le robinet. Comment s’étonner que les Russes, en réponse, fassent de même? Décréter des sanctions – aux effets plus que discutables sur le pays visé – et se plaindre ensuite de leurs conséquences chez ceux qui les ont décrétées… Où est la logique?

– Quel raisonnement rationnel a pu pousser notre ministre Cassis à déclarer la Crimée ukrainienne? Personne n’exigeait cette prise de position discutable. Quiconque a mis les pieds sur cette presqu’île a constaté que sa population, en écrasante majorité, se sent russe. Des considérations sur le respect des frontières? Fort bien. On attend donc que le même Ignazio Cassis condamne l’occupation de la Cisjordanie par Israël.

– Allez comprendre le dédale mental du gouvernement suisse. La grande frousse du moment, c’est la pénurie d’électricité. Chacun y va de ses propositions de contingentements et de restrictions. Que propose le Conseil fédéral? Autoriser à nouveau les centrales qui produisent du courant à partir… de ce gaz et de ce pétrole devenus rares. A Chavalon par exemple qui pourrait reprendre du service. Au moment donc où les voisins n’ont aucune envie de nous filer une part de ces carburants dont ils manquent aussi. Vous suivez le raisonnement? Nous pas.

– L’électricité? Nous en vendons et nous en achetons, selon les heures, selon les saisons. La France assure 60% de cette importation, mais elle connaît aussi la pénurie, d’autant plus que la moitié de son parc nucléaire est en panne. Va-t-elle nous fournir ce dont nous avons besoin? Pas sûr. Notamment du fait que malgré notre totale imbrication avec les réseaux du voisinage, nous n’avons jamais signé l’accord européen sur l’électricité qui garantit l’équité des échanges. Cela en raison du sabordage de l’accord-cadre CH-UE. Sur cette partie d’échecs, la tête de nos dirigeants s’est brouillée grave.

– Quand le gaz russe se tarit, le réflexe normal serait de se demander s’il y en a plus près. Parce que le Qatar, ce n’est pas évident, c’est loin et horriblement cher. Or nous en avons, là, dans notre sous-sol. A commencer par le gisement sous le Léman, au large de Noville. Suffisamment, disent les experts, pour satisfaire les besoins de la Suisse pendant 25 ans! Mais nos autorités se tortillent pour sortir de l’impasse sans jamais mentionner cette solution, certes pas immédiatement à portée, mais qui garantirait l’avenir. Comment expliquer cet engourdissement des neurones politiques? Mystère.

Nous sommes nombreux à nous gratter la tête. Un fidèle lecteur de BPLT nous écrit, se demandant pourquoi, dans cette phase de pénurie, on ne freine pas la vogue des voitures électriques. Il remarque que celles-ci sont généralement chargées la nuit, quand les éventuels panneaux solaires sont au repos. On peut ajouter: quand – en soirée – la consommation des ménages est au plus haut. Désolé, cher lecteur, mais votre raisonnement est trop logique pour être entendu sous la Coupole fédérale ensommeillée.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires

À lire aussi

SociétéAccès libre

La RTS face au désamour

Après le rejet — probable — de l’initiative de l’UDC sur la redevance à 200 francs, le service public de radio-télévision ne sera pas au bout de ses peines. Tout de même contraint de réduire ses coûts. Mis au défi par les critiques qui ont déferlé, même chez nombre de (...)

Jacques Pilet
Politique

La fureur du verbe et de l’ego

Face à l’Iran, un homme seul est sur le point de décider entre la guerre et la paix, entre l’offensive d’une armada ou les pourparlers. D’autres ont à choisir entre le prolongement d’un conflit abominable entre l’Ukraine et la Russie ou la recherche d’une issue. Que se passe-t-il dans la (...)

Jacques Pilet
Société

Tataki ou le mépris de la RTS pour les jeunes

La chaîne de la RTS (Radio Télévision Suisse) destinée aux 15-24 ans, diffusée sur les plateformes digitales, a fait parler d’elle avec le départ soudain de son directeur. L’occasion de jeter un œil sur le travail de cette copieuse équipe.

Jacques Pilet
Politique

Epstein était-il vraiment un «agent russe», comme le suggèrent certains médias?

Les documents déclassifiés révèlent des contacts réels entre le financier pédocriminel et des figures russes, dont un ex-vice-ministre proche du FSB et des tentatives répétées de contacts avec Vladimir Poutine et Sergueï Lavrov. Si certains médias occidentaux y voient la marque d’un agent d’influence du Kremlin, les preuves d’une collaboration (...)

Martin Bernard
Politique

Russie-Ukraine: feu vert pour la Suisse

Alors que la guerre en Ukraine s’enlise, une étroite fenêtre diplomatique semble s’entrouvrir. Forte de sa tradition de neutralité et de médiation, la Suisse pourrait saisir cette occasion pour renouer avec son rôle historique et contribuer à relancer une dynamique de paix.

Guy Mettan
Politique, HistoireAccès libre

En faveur d’une Europe réconciliée, de l’Atlantique à l’Oural

Face aux tensions géopolitiques, l’Europe doit choisir entre l’escalade durable ou une nouvelle architecture de paix. Au-delà des logiques d’affrontement, une réconciliation avec la Russie, telle que la défendaient déjà De Gaulle et Churchill, offrirait une alternative à la fragmentation actuelle. Bien qu’elle puisse sembler utopique, cette perspective mérite réflexion, (...)

Klaus J. Stöhlker
Economie, Politique

L’attrait des villages

Pour les petites communes reculées, la survie démographique et financière est un exercice précaire. Si un Crésus sauve la mise à Crésuz, à Albinen, on paie pour éviter de disparaître. Tandis qu’aux Planchettes, on ferme l’école du village. Trois réalités d’une même fragilité.

Jacques Pilet
Economie, Politique

Affaire Epstein: trois millions de documents lèvent le voile sur un système financier opaque

La publication massive d’archives par le Département de la Justice américain relance l’affaire Jeffrey Epstein bien au-delà du seul volet sexuel. Réseaux bancaires suisses, flux financiers suspects, proximités politiques et soupçons de liens avec des milieux du renseignement: ces millions de pièces dessinent le portrait d’un dispositif d’influence tentaculaire dont (...)

Martin Bernard
Politique

Pourquoi l’Iran est un piège pour Trump et les Etats-Unis

L’Iran s’impose aujourd’hui comme l’un des dossiers géopolitiques les plus sensibles de la présidence Trump. Entre promesse de mettre fin aux «guerres sans fin», pressions idéologiques internes et rivalités stratégiques mondiales, toute escalade militaire risquerait de transformer une crise régionale en tournant majeur de l’ordre international. Retour sur les racines (...)

Hicheme Lehmici
Politique

Une schizophrénie helvétique

A Davos comme ailleurs, la Suisse continue de faire illusion sur sa neutralité et son rôle de médiatrice. Mais la réalité est tout autre: elle participe à des exercices de l’OTAN, s’implique contre la Russie et souhaite signer avec l’UE des accords qui, loin d’être uniquement techniques, transformeront ses institutions. (...)

Georges Martin
PolitiqueAccès libre

Big Donald et l’attaque de la diligence groenlandaise

Tel un hors-la-loi, Trump s’est attaqué au Groenland. Il frappera encore. Les Européens, après des décennies de léchage de bottes et de soumission, se retrouvent médusés et impuissants face à cette tentative de hold-up qu’ils croyaient impossible. Mais jusqu’à quand accepterons-nous de nous laisser humilier et vassaliser, alors que d’autres (...)

Guy Mettan
Politique

Sourire en coin

A Davos, Donald Trump n’a pas seulement multiplié les provocations: il a surtout mis à nu le désarroi des dirigeants européens, qui feignent aujourd’hui la surprise face à un rapport de force qui ne date pourtant pas d’hier. Car si le spectacle est nouveau, la dépendance de l’Europe, elle, ne (...)

Jacques Pilet
Politique

Bataille pour la liberté d’expression

Dans plusieurs pays européens, les prises de parole publiques déviant du récit dominant sur divers sujets, tels que la guerre en Ukraine, sont diffamées par les grands médias et, parfois, poursuivies par les appareils d’Etat. On l’a vu avec la lourde sanction qui a frappé l’ex-colonel suisse Jacques Baud. L’UE (...)

Jacques Pilet
PolitiqueAccès libre

Colonialisme danois

Les Européens s’agitent, effarés, devant la menace d’annexion du Groenland par les USA. Mais qu’en pensent les habitants de cette île, la plus grande du monde, plus proche de l’Amérique que de l’Europe? Ils ne portent pas le Danemark dans leur cœur. Et pour cause. Ils n’ont pas oublié les (...)

Jacques Pilet
Histoire

Seymour Hersh, un demi-siècle de révélations dans les coulisses du pouvoir

S’intéresser à Seymour Hersh, c’est plonger dans la fabrique de l’information en Occident depuis la guerre du Vietnam. Avec son lot de manipulations, d’opérations secrètes, de crimes de guerre et de compromissions. Netflix a récemment consacré un documentaire à la vie et à l’œuvre du célèbre journaliste d’investigation américain.

Martin Bernard
Politique

Pendant que l’Europe s’adonne à la guerre, le reste du monde avance

Les violences spectaculaires, les discours alarmistes et l’emballement idéologique ne relèvent pas du hasard. Mais tandis que l’Europe s’enferme dans la fureur et une posture irresponsable, le reste du monde esquisse les contours d’un ordre mondial alternatif fondé sur le dialogue, la retenue et la multipolarité.

Guy Mettan