Porrentruy pourrait interdire sa piscine également aux Suisses, sauf aux Jurassiens

Antoine Menusier

Par Antoine Menusier · Publié le 8 août 2020 · 4 min de lecture

Porrentruy pourrait interdire sa piscine également aux Suisses, sauf aux Jurassiens
Gabriel Voirol, le maire de Porrentruy. - © DR

Le maire du chef-lieu ajoulot, Gabriel Voirol, envisage une alternative à son décret basé sur la souveraineté nationale, discriminant principalement les Français de France voisine. Il explique aussi les raisons qui ont présidé à la promulgation de ce dernier: notamment pour éviter les contrôles au faciès.

Sommaire

Le décret du 30 juillet est maintenu, mais l’embarras est patent. En décidant, pour cause d’incivilités, d’interdire aux étrangers sans résidence en Suisse l’accès à la piscine de Porrentruy, la mairie du chef-lieu ajoulot s’est mise dans une situation légalement et moralement inconfortable. Le maire, Gabriel Voirol, libéral-radical, en a conscience. Joint vendredi 7 août, le premier magistrat de la ville annonce envisager une extension de cette interdiction à la Suisse entière, excepté la région ajoulote ou le canton du Jura dans son ensemble.


Sur le même sujet: Le très discuté décret «piscine interdite aux étrangers» de la Ville de Porrentruy


Le critère discriminant ne serait plus la nationalité, contraire aux accords internationaux sur la libre circulation des personnes, mais le porte-monnaie: qui a contribué au financement des infrastructures de la piscine serait autorisé à la fréquenter. C’en serait fini des dilemmes juridiques et éthiques, des procès en xénophobie, veut croire le maire. La prochaine réunion du conseil municipal, fixée au 17 août, devrait examiner cette solution de sortie de crise.

Enfants en pleurs

«Jamais encore nous n’avions été confrontés à de telles incivilités. Nous avons eu affaire courant juillet à des bandes qui ont créé des situations de risques majeurs pour notre police municipale», affirme Gabriel Voirol. «Dans le passé, il y avait parfois de petites bagarres, mais elles opposaient deux individus, qu’il était relativement facile de séparer. Là, c’était tout autre chose, poursuit le maire. Il s’agissait bel et bien d’un phénomène de bandes, avec une attitude agressive, certains de ces individus ayant des casiers judiciaires épais, avons-nous appris. Dans l’enceinte de la piscine, ils s’appropriaient des installations ludiques, au demeurant toutes neuves, ne permettant pas aux autres clients de les utiliser. Des enfants rentraient en pleurs à la maison, des parents ne voulaient plus envoyer leur progéniture à la piscine. C’était une poudrière. Nous avons agi au stade de l’urgence. Et à ce stade-là, je préfère une interdiction d’entrée préventive, à devoir prendre le téléphone pour annoncer une mauvaise nouvelle à des parents. De plus, notre police municipale, bien qu’armée, n’est pas habituée à affronter ce genre de situation, où des jeunes gens ne craignent pas d’aller au contact des forces de l’ordre.»

«Nous sommes une terre hospitalière, absolument pas hostile aux étrangers.»

Invitée à revoir sa copie par les socialistes et Verts jurassiens, la Ville de Porrentruy, par la voix de son maire, rappelle que la décision d’interdiction a été prise collégialement, y compris par la composante rose-verte. Elle se défend ensuite de toute «xénophobie». «Le canton du Jura, 73 000 habitants, accueille chaque jour 8000 travailleurs frontaliers, plaide Gabriel Voirol. Nous sommes une terre hospitalière, absolument pas hostile aux étrangers.»

Pourtant, ce n’est un mystère pour personne, l’interdiction de la piscine bruntrutaine aux étrangers ne résidant pas en Suisse, frappe au premier chef les Français de France voisine, d’où sont issus les auteurs des incivilités de juillet – la police a vérifié les plaques d’immatriculation de leurs véhicules.

Pourquoi avoir généralisé à tout étranger «de l’étranger» cette interdiction, si seuls des Français sont en faute? «Pour ne pas discriminer un seul pays, la France, et pour ne pas avoir à effectuer des contrôles au faciès», répond le maire de Porrentruy. En définitive pour ne pas être accusé de racisme «anti-Noirs» ou «anti-Arabes». Le sujet est délicat, embarrassant. Car un constat portant sur les «origines ethniques» d’une poignée d’individus n’autorise pas des généralisations, pour le coup racistes et contraires aux valeurs d’un Etat libéral, intégrateur comme la Suisse. De multiples facteurs participent d’une apparente homogénéité de couleur ou d’origine d’un phénomène social. Les milieux populaires, souvent composés de familles immigrées, ne sont pas moins importunés par les incivilités de certains.

La mairie de Porrentruy aimerait à présent s’extraire d’une situation inédite et malaisante qui la met sous les feux médiatiques. Toutefois, la tranquillité revenue dans la piscine de la ville ne l’incite pas à annuler purement et simplement son décret. D’où l’idée d’en changer la nature souverainiste en une acception plus fiscaliste ou communaliste. Le maire Gabriel Voirol cite en exemple les villes françaises de Neuilly et Puteaux, qui, au début de l’été 2019, ont réservé la fréquentation de leurs bassins respectifs à leurs habitants. Cela afin éviter les trop fortes affluences et débordements occasionnels. Porrentruy pourrait aussi, autre option, introduire un tarif préférentiel pour ses citoyens. Ainsi va la démocratie avec ses méandres.

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