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Tu te libéreras à vingt ans

Norbert Creutz

Par Norbert Creutz · Publié le 24 juin 2020 · 5 min de lecture

Tu te libéreras à vingt ans
Mustafa Shehata dans le rôle de Muzamil à 19 ans. - © DR

Pays en révolution, le Soudan nous envoie ses premiers films après trente ans de disette artistique. Appel à la liberté primé dans plusieurs festivals, «Tu mourras à vingt ans», d'Amjad Abu Alala, compte d’ores et déjà parmi les plus beaux films venus du continent africain. A voir dans les salles suisses.

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Ce n’est jamais très populaire de le dire, mais rares sont les films africains qui peuvent trouver grâce à des yeux d’Européens. Affaire de rythme plus lent, d’enjeux dramatiques trop élémentaires, d’amateurisme de l’interprétation ou de manque de sophistication formelle, le fait est là, heureusement compensé parfois par une expression poétique capable de nous ouvrir à de nouveaux horizons. On est d’autant plus surpris lorsque surgit de nulle part un film africain plus riche dans son récit et accompli dans sa forme que la plupart des productions, y compris occidentales, actuellement sur nos écrans. Tu mourras à vingt ans, première œuvre d’Amjad Abu Alala, est de ceux-là. Un film qui confirme, peu après le beau documentaire Talking About Trees de Suhaib Gasmelbari (sur le rêve d’un groupe de vieux cinéphiles de rouvrir un cinéma), le réveil d’un pays resté quasiment vierge d’images: le Soudan.

Evidemment, son auteur ne vient pas vraiment de nulle part. C’est un Soudanais «international», né aux Emirats Arabes Unis et aujourd’hui encore basé à Dubaï. Il a beaucoup voyagé, a eu accès à la culture cinématographique (ce sont les films de l’Egyptien Youssef Chahine qui ont déclenché sa vocation), à des stages (dont l’un décisif avec l’Iranien Abbas Kiarostami) et pour finir à des financements étrangers (son film est co-produit par la France, l’Egypte, l’Allemagne, la Norvège et le Qatar). Mais il a conservé ses racines. Et ce Soudan qui a passé trois décennies sous une dictature militaire mais aussi religieuse et économique (à la botte du FMI) est resté son beau souci, comme le prouve aussi son engagement comme programmateur d’un festival de cinéma à Khartoum.

Une jeunesse bloquée

C’est un peu au sud de la capitale, dans un village du sahel aux abords du Nil bleu, qu’il a situé cette première fiction, librement inspirée d’une nouvelle de son compatriote Hammour Ziada (Sleeping at the Foot of the Mountain). Lors d’une grande réunion religieuse, Sakina est venue chercher la bénédiction de l’imam pour son garçon nouveau-né, Muzamil. C’est alors qu’un derviche s’écroule juste à côté, lui valant la prédiction que l’enfant ne vivra pas plus de vingt ans. Un peu plus tard, le père décide de partir travailler une année à l’étranger, ce qui ne fait que rendre Sakina plus protectrice de son fils unique. Muzamil grandit ainsi à l’écart des enfants de son âge qui le moquent comme «le fils de la mort», sauf la petite Naima qui l’aime bien.

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