Ce qu’annonce le triomphe de Boris

Publié le 14 décembre 2019

Boris Johnson, grand vainqueur du scrutin britannique du 12 novembre. – © UK government

Au lendemain du scrutin remporté par le parti du Premier ministre...

La victoire spectaculaire des conservateurs? Elle est due au ras-le-bol devant les atermoiements, à une adhésion de principe au Brexit et à la campagne catastrophique du Labour. Pourtant rien n’est joué. Quel sera demain le lien entre la Grande-Bretagne et l’Union européenne? Personne n’en sait rien. Tout reste à négocier. Et comme les Suisses le savent, ce n’est pas simple. Plus préoccupant encore: quel visage économique et social donnera à ce pays ce Premier ministre imprévisible? Il a certes promis monts et merveilles aux plus pauvres pour l’emporter. Ceux-ci ont bien des raisons de se méfier. Un cap franchement néo-libéral est bien plus probable. 
Inutile de craindre ou d’espérer une volonté sécessionniste des Ecossais et des Irlandais du nord, écoeurés par la tournure des événements. Les premiers ne sont pas près de sortir du Royaume-Uni et d’entrer dans une Union européenne qui craint par dessus tout de redessiner les frontières. Les seconds devront s’y faire: la partie nord de l’île restera de fait et à bien des égards plus proche de leur voisin du sud intégré à l’Europe que de la mère patrie. 
Ce qui s’annonce plutôt, c’est le triomphe des plus fervents capitalistes. Moins de règles sociales, moins de normes qualitatives et environnementales, plus de freins aux géants du type GAFA, rapprochement avec la vision américaine des affaires et du monde.  Ce ne sera pas immédiat car la période de transition sera longue et mouvementée. Si un accord est conclu sur l’accès au marché européen, ses principes fondamentaux devront être reconnus. Mais appliqués? Un Boris Johnson ne se gênera pas de faire des concessions aux Européens et ensuite, de les appliquer de travers. Si la Commission de Bruxelles ne se montre pas d’une fermeté et une vigilance absolues, ce sera vite l’embrouillamini. Tout indique que les Etats membres ne se laisseront pas mener par le bout du nez. Ils savent que la Grande-Bretagne, même après son départ, peut ébranler leur construction communautaire. Beaucoup tremblent à l’idée qu’elle s’installera dans  une méchante rivalité en offrant un paradis fiscal aux entreprises internationales. «On ne veut pas d’un concurrent déloyal!» clament déjà le président Macron et la chancelière Merkel. 
Les commentaires à la nouvelle apportés par les lecteurs suisses, surtout outre-Sarine, font apparaître chez beaucoup une sorte de jubilation: les Anglais sortent, bravo, cela veut dire que nous avons raison de rester en dehors. Courte vue. Les inévitables négociations entre la Grande-Bretagne et l’UE qui dureront des mois et des années n’inciteront nullement les Européens à se montrer plus favorables aux sempiternelles demandes de souplesse des Suisses. 
Autre leçon de ce scrutin: la gauche n’a aucun intérêt à rester dans l’ambiguïté. Le triste Corbyn, chef du parti travailliste, se déclarait «neutre» sur la principale question qui préoccupait la population. La claque a été retentissante, historique. Il faut dire que son programme dogmatique sur les nationalisations (jusqu’à l’interdiction des écoles privées!) ne l’a pas aidé chez les «bobos» pro-européens des beaux quartiers. Et n’a pas attiré les couches populaires du nord de l’Angleterre, séduites par le côté carré, sinon simpliste, de la campagne de Johnson: «Get the Brexit done!», ça claque. Cela tranche avec la mélasse de Corbyn.

Les socialistes suisses qui eux aussi ne disent ni oui ni non à l’accord institutionnel se trouvent très malins à ce jeu. Il leur en a peut-être déjà coûté. Si demain ils ne se décident pas, leur dégringolade se poursuivra. Comme celle du Labour que sa perte de crédibilité empêchera même de s’affirmer comme une solide force d’opposition. 

Commentaires

Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

À lire aussi

Politique

Justice et politique, l’opaque méli-mélo

La Suisse fait volontiers la morale au monde entier. La leçon de démocratie commence par la séparation des pouvoirs et l’indépendance des juges. Fort bien. Mais chez elle, qu’en est-il? Le coup d’œil est troublant.

Jacques Pilet
Société

Assassinat ou suicide? Les zones d’ombre persistent autour de la mort de Marilyn Monroe

Le destin de la célèbre actrice continue de fasciner autant qu’il interroge. Plus de soixante ans après sa mort, les circonstances de son décès nourrissent d’innombrables controverses. La version officielle, lacunaire, a fait fleurir de nombreuses théories alternatives. A l’occasion du centenaire de la naissance de la star, plongée dans (...)

Martin Bernard
PolitiqueAccès libre

La Suisse fracturée?

C’est en tout cas ce que redoute Thomas Aeschi, chef du groupe parlementaire UDC au Conseil national. Il lance un cri d’alarme après le rejet de l’initiative sur la Suisse à dix millions qu’il avait concoctée avec ses amis il y a quatre ans.

Jacques Pilet
Politique

Tunisie, la grande désillusion

Sous le régime de Kaïs Saïed, le pays qui incarna le «printemps arabe» est devenu une vaste cage. Économie sinistrée, presse muselée, opposants derrière les barreaux: quinze ans après la révolution du jasmin, la Tunisie se bat contre ses vieux démons.

Sid Ahmed Hammouche
Politique, Culture

Sommes-nous entrés dans une nouvelle ère politique?

Après son roman très remarqué «Le Mage du Kremlin», Giuliano da Empoli nous livre, dans cet «essai littéraire», une analyse aussi incisive que mémorable de la scène politique internationale. Compte rendu de rencontres entre puissants auxquelles il a assisté à différents titres, mise en garde contre l’insouciance avec laquelle nous (...)

Bon pour la tête
Culture

La subversion, joyeuse et insolente, excessive et sans concession  

La première édition de l’«Anthologie de la subversion carabinée» de Noël Godin a paru en 1988 à L’Age d’homme. La voilà revue et augmentée aux Editions Noir sur Blanc. Ce livre, à rebours de l’esprit de sérieux, ne s’adresse pas aux tièdes, les textes qui s’y trouvent ne craignent pas (...)

Patrick Morier-Genoud
Politique

Les accords Suisse-UE cachent «une intégration sans précédent» à l’UE

L’expression «Bilatérales III», soigneusement choisie par le Conseil fédéral, minimiserait les conséquences constitutionnelles des accords entre la Suisse et l’Union européenne signés le 13 mars dernier, sur lesquels le peuple se prononcera. C’est la conclusion du professeur émérite Paul Richli, mandaté par l’Institut de politique économique suisse de l’Université de (...)

Martin Bernard
Politique

Donald Trump ou le stade anal de la politique

Que le chef de la première nation du monde se prenne pour Jésus-Christ et invective le pape qui l’a remis à sa place témoigne d’une inquiétante régression politique. Après le stade oral — celui du verbe creux — de ses prédécesseurs, le président américain, tel un bébé tyrannique assis sur (...)

Guy Mettan
Politique, Société

Léon XIV en Algérie: un pape pour la première fois sur la terre de saint Augustin

Jamais un pape n’a posé le pied en Algérie. Léon XIV le fera les 13 et 14 avril prochains: deux jours, deux villes, Alger et Annaba. Un pape américain en terre d’islam, à l’heure où brûle le Proche-Orient et où les prophètes du choc des civilisations semblent avoir le vent (...)

Sid Ahmed Hammouche
Politique

Iran: Trump a-t-il déjà perdu la guerre?

L’assassinat d’Ali Khamenei devait provoquer l’effondrement rapide du régime iranien. Il semble avoir produit l’effet inverse. Entre union nationale, riposte militaire régionale et risque d’escalade géopolitique, l’offensive lancée par Washington et Tel-Aviv pourrait transformer une opération éclair en conflit long aux conséquences politiques incertaines pour Donald Trump.

Hicheme Lehmici
Politique, Histoire, Philosophie

La philosophie et la haine de la démocratie

Depuis Platon, la philosophie occidentale entretient un rapport ambivalent, souvent hostile, à la démocratie. Derrière l’éloge contemporain de cette dernière se cache une méfiance profonde à l’égard du «dêmos», le peuple, jugé instable, passionnel ou incapable de vérité. Et si la «vraie» démocratie ne pouvait advenir qu’au prix d’une transformation (...)

Barbara Stiegler
Politique

Alexeï Navalny et la grenouille équatorienne

Accusations intempestives, toxines exotiques et emballement médiatique: le scénario des empoisonnements russes se répète inlassablement. Après les cas Markov, Litvinenko ou Skripal, voici l’affaire Navalny, la dernière en date. Pourtant, à chaque fois, les certitudes politiques précèdent les preuves. Entre communication soigneusement orchestrée et zones d’ombre persistantes, une question demeure: (...)

Guy Mettan
Politique

La redevance, le plus injuste des impôts

La campagne démarre dans l’échange tumultueux d’arguments pour et contre l’initiative «200 francs, ça suffit»: les partisans ne voient guère dans quel triste état se retrouvera le paysage médiatique après des coupes massives dans ce service public; les opposants n’entrevoient pas davantage comment le maintien d’une taxe à peine réduite (...)

Jacques Pilet
Economie, Politique, Santé, Philosophie

Nous sommes ce que nous mangeons

Quand une marée de frites surgelées s’échoue sur une plage, on pense immanquablement à l’alimentation industrielle, et ce n’est pas gai. Pas gai non plus le constat que le religieux a de beaux jours devant lui comme outil de domination et de manipulation. Tout ça tandis que, en Mongolie, un (...)

Patrick Morier-Genoud
Economie, Politique, SantéAccès libre

La transparence aurait peut-être permis d’éviter la catastrophe de Crans-Montana

Le label «confidentiel» peut servir à dissimuler des contrôles négligés, des fautes professionnelles et du népotisme, et pas seulement en Valais. Partout en Suisse, le secret administratif entrave la prévention, protège les manquements et empêche les citoyens de contrôler l’action publique.

Urs P. Gasche
PolitiqueAccès libre

Big Donald et l’attaque de la diligence groenlandaise

Tel un hors-la-loi, Trump s’est attaqué au Groenland. Il frappera encore. Les Européens, après des décennies de léchage de bottes et de soumission, se retrouvent médusés et impuissants face à cette tentative de hold-up qu’ils croyaient impossible. Mais jusqu’à quand accepterons-nous de nous laisser humilier et vassaliser, alors que d’autres (...)

Guy Mettan