La couleur des ressentiments

Publié le 11 octobre 2019

«Je suis allé partout. En France, en Allemagne, en Italie, mais c’est en Suisse que je me sens le moins en sécurité.» – © Capture d’écran

Le film «No apologies», plébiscité lors du Festival Cinémas d'Afrique et actuellement diffusé au cinéma Bellevaux, propose les témoignages exclusifs de migrants africains qui se confient en toute intimité sur un quotidien lausannois entre emmerdements et débrouillardise.

«L’analyse des cas portés en justice qui concernent du racisme envers des personnes noires montre que les autorités judiciaires pénales ne s’intéressent pas aux modes de fonctionnement spécifiques du racisme anti-Noirs (…) Le racisme anti-Noirs n’est donc guère perçu comme un véritable problème social, et ce, même dans les milieux spécialisés actifs dans le domaine de l’intégration ou de la lutte contre la discrimination.» Voici ce qu’on peut lire dans le rapport officiel 2018 du service de lutte contre le racisme du Département fédéral de l’Intérieur.

Le film No apologies, actuellement sur les écrans du cinéma Bellevaux, pour une durée limitée, souligne un constat similaire. Les nombreux cas récents d’interventions policières qui ont mal tourné dans le canton de Vaud, faisant à chaque fois des victimes de couleurs, ont-elles réellement marqué les esprits aussi durablement qu’elles le devraient? C’est justement afin que l’on n’oublie pas ces victimes, pour tenter de combler un tant soit peu le gouffre d’incompréhension, terreau fertile à une peur teintée de haine, que ces jeunes africains ont souhaité témoigner dans ce film-documentaire intimiste, qui laisse libre court à l’expression de ses protagonistes, avec la spontanéité qui les caractérise.

Ces jeunes hommes, dont certains ont préféré parler à visage dissimulé, dénoncent les violences policières et les injustices dont ils font régulièrement les frais. Comme la fois où, témoins d’un suicide depuis le pont Chauderon, ils ont voulu alerter des agents, mais que ceux-ci les ont embarqués au poste en les accusant d’être responsables d’un homicide fantasmé.

Ils ne cherchent pas à nier le fait que certains d’entre eux vendent de la drogue, mais ils convoient le sentiment que la sentence, celle d’être considérés comme des sous-hommes, d’être persécutés pour tenter de survivre dans un pays qui leur offre peu d’alternatives, est bien plus lourde que le crime. Pendant 50 minutes, on partage une soirée avec eux, entre match de foot et débats culinaires, offrant parfois des scènes désopilantes. Mais le propos principal revient toujours. Dur, tranchant, criant d’une vérité gênante, tant les différences arbitraires qui nous divisent sont d’une absurdité terrifiante.
C’est sans le moindre doute un film important, en cela qu’il donne la parole à des gens qui, en temps normal, ne l’ont que peu, voire même pas du tout. Aussi parce qu’il aborde de front une problématique que l’on préfère ignorer froidement, plus ou moins empêtrés dans une forme de culpabilité silencieuse.

No apologies. A ne pas confondre avec no excuses. Ici, ceux qui mériteraient des excuses, ce sont bel et bien eux.


La bande-annonce du film:

No Apologies de Ebuka Anokwa, Aladin Dampha et Lionel Rupp – (sortie limitée à huit séances, soit à 19:30 les: JE 10.10 | SA 12.10 | DI 13.10 | MA 15.10 | MA 22.10 | JE 24.10 | SA 26.10 | DI 27.10)

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