Miossec regarde (à nouveau) un peu la France


Rencontrer le chanteur français Miossec, c'est l'assurance de passer un bon moment à analyser de manière humoristique les (mé)faits du personnel politique français. C'est aussi un moyen de sonder la société hexagonale à travers le prisme d'un observateur engagé localement à gauche. Miossec joue le rôle de baromètre, les journalistes ont toujours apprécié ça chez l'auteur-compositeur et interprète de ce qu'on a appelé un temps la «Nouvelle chanson française».
Ce samedi de concert (26 janvier) à Lausanne, c’est jour de fête «nationale» brestoise dans la métropole lémanique, au moins 300 spectateurs fidèles ont pris place à bord de l’insubmersible club les Docks. Et dans les bagages du plus célèbre artiste représentant la ville portuaire bretonne, on trouve un onzième album. «Les Rescapés» qui signe un cinglant retour aux émotions adolescentes, aux refrains gonflés aux sons légèrement saturés d’une boîte à rythme et aux guitares utilisées comme quand les novices jouaient dans le garage des parents avec ce son punk, brut et plus direct. On aime ce Miossec convoquant quelques maîtres du postpunk anglo-américain comme Colin Newman de Wire ou le duo Alan Vega et Martin Rev, plus connu sous le nom de Suicide.La musique est un vecteur pour la poésie écorchée de Miossec, elle est aussi une éternelle source de questionnement, de doute, de remise complète à plat pour lui. Ce qui anime Christophe Miossec dans son cheminement artistique a à voir avec son profond sens de l’honneur. Quand il estime un album raté, il le dit et promet toujours de ne pas se laisser piéger la prochaine fois. Aujourd’hui, chez ce chanteur et auteur de textes pour Jane Birkin, Juliette Greco ou encore Johnny Hallyday, il y a plus de simplicité, de naturel et d’envie débridée. C’est jouissif, comme si le quinquagénaire reprenait le contrôle artistique total sans parasitage extérieur, sans pression d’une maison de disques d’en faire plus sur les fronts de singles «playlistables».
C’est une deuxième interview en quelques semaines que je réalise, frustré de ne pas avoir pu poser toutes mes questions d’actualité la fois précédente. Et le sujet «gilet jaune» escamoté lors d’une conversation téléphonique compliquée avant Noël, entre les bureaux de Columbia Records à Paris et un Pub de Rive à Genève, revient presque naturellement avant de brancher le micro de l’enregistreur. «Vous avez vu, ça a repris de plus belle avec les gilets jaunes», lâche Miossec à la représentante de sa maison de disques Columbia en Suisse Dominique Saudan. Et on répond que oui. On a vu, sur «Brut» ou sur BFM TV, car on a beau être au chaud dans les loges des Docks, la situation française n’a jamais été aussi loin (la politique suisse semble tellement différente), mais jamais aussi proche des Suisses romands, réseaux sociaux et proximité culturelle obligent. Miossec ne cache pas ce sourire frondeur. Le sourire de celui qui n’a pas toujours été du côté des spectateurs de la révolte. «Je me suis mis à regarder BFM TV du coup», blague-t-il à moitié sérieux. L’interview peut commencer, c’est parti pour une demi-heure de musique, de politique et même de cinéma suisse. Il y a de l’érudition, il y a surtout ce plaisir à échanger en marge de la sortie du numéro 11 Les Rescapés, un album important. Comme un vague retour au source de ce qui était son métier d’avant, le journalisme.



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