Les constats dressés dans le dernier essai de Samuel Fitoussi, «Pourquoi les intellectuels se trompent», ont de quoi inquiéter. Selon l’essayiste, l’intelligentsia qui oriente le développement politique, artistique et social de nos sociétés est souvent dans l’erreur et incapable de se remettre en question. Des propos qui font l’effet d’une bouffée d’oxygène et portent un message profondément éclairant et revigorant.
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La constatation initiale, à savoir que les intellectuels – l’intelligentsia, la classe supérieure, l’élite intellectuelle selon le contexte – se sont trompés (et continuent à le faire), et demeurent presque systématiquement dans l’erreur une fois leur opinion exprimée publiquement, peut surprendre. Mais, dans les faits, elle n’a rien d’étonnant tant les exemples sont nombreux et patents: l’intelligentsia française ou britannique qui, au début années trente du siècle passé, persiste à ne pas voir, et donc à nier, les dangers de la montée du nazisme; des personnalités comme Sartre, Beauvoir ou Arthur Koestler qui s’obstinent à considérer l’URSS de Staline comme le meilleur monde possible et à justifier ses crimes en vertu d’une idéologie qu’ils considèrent comme supérieure; le refus, là aussi «irréversible», de certains journalistes à admettre les horreurs commises par le régime de Mao; ou encore la focalisation exclusive, et sans doute coupable, sur les victimes du régime de l’apartheid, au détriment d’autres drames sur le continent africain (pour ne mentionner que les exemples les plus saillants).
Se raviser est plus coûteux que se tromper
Nourri par de très nombreux historiens, philosophes et penseurs tant français qu’anglo-saxons (en particulier Raymond Aron, George Orwell et Jean-François Revel) et jonglant avec une foule d’études sociologiques ou psychosociales, Samuel Fitoussi analyse par le menu les raisons d’un tel aveuglement de l’élite pensante (alors que spontanément on tend à penser que plus une personne est formée, moins elle se trompe). Outre plusieurs mécanismes psychologiques auxquels les êtres humains et en particulier l’élite succombent (le paradoxe de Tocqueville, les biais de prestige, de vérité illusoire, du monde juste, etc.), voici, en substance, l’explication: pour les intellectuels, passé un certain stade, se raviser est socialement beaucoup plus coûteux que se tromper. En revanche, ils ont beaucoup, voire tout à perdre en changeant d’avis. Ils préfèrent dès lors persister dans l’erreur.




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