Réservé aux abonnés

Comment l’UDC manipule le langage

Grégoire Barbey

Par Grégoire Barbey · Publié le 6 novembre 2017 · 7 min de lecture

Comment l’UDC manipule le langage
L’UDC a choisi, à dessein, de ressortir une vieille formulation qui avait disparu du langage courant depuis fort longtemps: «juges étrangers».
- © Bon pour la tête / Matthias Rihs

L’UDC a le sens de la formule. C’est le moins que l’on puisse dire. Le parti national-conservateur doit toutefois une partie de son succès à une opposition plutôt fébrile, et des médias qui reprennent à leur compte les éléments de langage qui lui sont propres. C’est ainsi qu’à travers une communication bien rôdée, l’UDC réussit non seulement à imposer ses thématiques et à peser sur l’agenda politique, mais également à transformer le vocabulaire sur un sujet précis.

Il en va ainsi de son initiative visant à instaurer la primauté du droit national sur le droit international. L’UDC a choisi, à dessein, de ressortir une vieille formulation qui avait disparu du langage courant depuis fort longtemps: «juges étrangers». Ainsi, la souveraineté de la Suisse serait mise en danger par des juges qui n’ont strictement aucun lien avec le pays et qui décident pour lui. Nous ne comptons pas refaire le débat ici, et pour celles et ceux qui s’y intéressent, nous vous recommandons la lecture de l’ouvrage «Démocratie directe contre droit international» de Denis Masmejan.

Il s’agit plutôt de démontrer ici comment des éléments de langage partisans peuvent soudain se retrouver à large échelle dans le débat public, et même être employé par celles et ceux qui en principe n’adhèrent en rien à la ligne de l’UDC…

Première étape: imposer les termes du débat public

Lorsque l’UDC décide de lancer une initiative, la communication est réfléchie en amont, et le choix des mots est primordial. Il ne s’agit pas seulement d’arriver avec une proposition, comme le font bien souvent les autres partis et les groupes d’intérêts qui lancent leurs propres initiatives, pour susciter la discussion. Non, il faut faire une proposition accompagnée d’un corpus linguistique prédéfini, afin de verrouiller les discussions.  

Commentaires

Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

À lire aussi

La neutralité, la gauche et la guerre

GéopolitiqueArticle

La neutralité, la gauche et la guerre

La gauche suisse, historiquement porteuse des luttes pour la paix, se retrouve divisée face à l'initiative sur la neutralité. Tandis que PS, Verts et SolidaritéS rejoignent une union sacrée avec la droite et les milieux économiques pour la combattre, une minorité pacifiste et internationaliste y voit au contraire un outil de non-alignement face aux impérialismes. Entre désir de sanctions, dépendance croissante à l'OTAN et bons offices oubliés, cette fracture interroge: comment les gauches peuvent-elles retrouver un chemin commun vers la paix?

Anne Voeffray

Fasciste! Antisémite! Extrême droite! Ou quand la politique touche le fond

GéopolitiqueArticle

Fasciste! Antisémite! Extrême droite! Ou quand la politique touche le fond

A force d’être brandies à tout propos, ces étiquettes finissent par vider les mots de leur sens et par empêcher tout débat contradictoire. Une dérive qui n’est pas sans conséquences pour la démocratie. Et qui finit même par se retourner contre ses auteurs en alimentant le succès des partis qu’ils cherchent à marginaliser. La cause des succès récents de l’AfD en Allemagne n’est pas à chercher ailleurs.

Guy Mettan

«Immorale», «myope», «indifférente»: le vieux procès de la neutralité suisse

GéopolitiqueArticle

«Immorale», «myope», «indifférente»: le vieux procès de la neutralité suisse

La neutralité helvétique est aujourd’hui au cœur de nombreux débats. J’en rappelais quelques enjeux dans mon article de la semaine dernière. Prenons maintenant un peu de hauteur historique pour rappeler que la Suisse n’a pas toujours été un îlot de paix au cœur de l’Europe. Et qu’il existe des précédents méconnus au moralisme anti-neutralité, qui ne sont pas sans ressembler à la situation actuelle.

Martin Bernard