Les horreurs croissantes de l’occupation en Cisjordanie n’émeuvent plus guère les Etats européens. Et voici que sur X, une voix s’élève et en appelle au sursaut international: celle du pape Léon XIV. Et de citer l’Ukraine, le Soudan, toutes les victimes de tous les conflits. Dans la foulée de son encyclique de mai dernier. Bien peu de journalistes, bien peu d’entre nous ont prêté attention à ces 104 pages. Sur le conseil d’un ami pourtant nullement papiste, nous les avons lues. Elles sont d’une saisissante lucidité sur l’humanité d’aujourd’hui et ses dérives.
Le pape Léon XIV dresse un tableau contre toutes les tendances du moment en Occident. La «culture de la puissance» qui normalise la guerre et la réhabilite comme «instrument de politique internationale», favorisant ainsi le réarmement. Il observe que l’opinion publique, qui considérait autrefois la belligérance comme un dernier recours, est aujourd’hui influencée par des récits médiatiques polarisants ainsi que par une perte inquiétante de mémoire historique qui la prive de toute vision à long terme. «La paix n’apparaît plus comme une tâche à accomplir, mais comme un intervalle précaire entre les conflits.» Et d’en appeler au dialogue, à la négociation, au multilatéralisme, au retour du droit international. Il ne faut plus parler, selon ce pape américain, de «guerre juste». Seule l’autodéfense, «au sens strict du terme», est admissible. De quoi heurter le vice-président J.D. Vance, devenu fervent catholique, dont le gouvernement est l’incarnation même de la «politique de puissance» dénoncée maintes fois dans cette encyclique. Oublié Saint-Augustin qui prétendait, au 5e siècle, que l’on pouvait parfois guerroyer «par charité». «Fuyons les visions manichéennes typiques des récits violents qui divisent le monde entre bons et méchants.»
Formule-choc: «Désarmons les mots et nous contribuerons à désarmer la Terre.» Autrement dit, refuser l’escalade des discours et des outrances. Ce souhait vaut pour les gouvernants comme pour chacun d’entre nous. La sobriété, la mesure, la réflexion ne signifient pas pour autant une neutralité de façade, et n’empêchent pas opinions et engagements. De préférence pour la paix, «qui apporte tout, alors que la guerre n’apporte rien». Prenons garde aux pièges de la communication «qui n’est pas seulement la transmission d’informations mais aussi la création d’une culture». Par l’espace numérique ou les médias. Ceux qui les contrôlent ont «une capacité remarquable pour influencer l’imaginaire collectif».
Autre champ de réflexion longuement développé, l’intelligence artificielle. Cet outil peut manipuler notre regard, guider les perspectives, induire des jugements moraux injustifiés. Lire la suite…