Franz Gertsch: la vérité au format monumental

Publié le 21 août 2026

Un choix d’œuvres de Franz Gertsch. © DR

A Berne, deux toiles suffisent à mesurer un géant: «Maria mit Kindern» et «Medici», quatre mètres sur six chacune, ouvrent la rétrospective que le Kunstmuseum consacre à Franz Gertsch (1930-2022), père du photoréalisme européen. Jusqu'au 17 janvier 2027, «Blow-Up» retrace soixante ans d'une œuvre obsessionnelle où la photographie garantit le réel, mais où seule la peinture, lente et frontale, prétend dire vrai.

L’exposition que le Kunstmuseum Bern consacre à Franz Gertsch (1930-2022) vous absorbe. Dès la première salle, où se font face les deux plus grands formats jamais peints par l’artiste — Maria mit Kindern et Medici — quatre mètres sur six chacun, on comprend qu’on n’est pas venu regarder des tableaux. On est venu y entrer. C’est un monument que ce musée consacre à un artiste monumental. La formule n’a ici rien d’une facilité de langage: elle est la structure même de l’œuvre.

Franz Gertsch est considéré, à raison, comme le père du photoréalisme européen. Mais réduire son geste à une performance technique — reproduire la photographie au pinceau — serait passer à côté de l’essentiel. Gertsch lui-même avait posé les termes du débat avec une netteté désarmante: la photographie est garante de la réalité, disait-il; la peinture, elle, est garante de la vérité. Toute la tension de son œuvre loge dans cet écart. De loin, ses toiles produisent l’illusion parfaite d’un cliché figé. On s’approche, et l’image se dissout en un magma de matière, de coulures, de gestes presque abstraits. On recule: la netteté revient, intacte. Entre ces deux distances se joue quelque chose qui n’appartient qu’à la peinture. Un supplément de présence que l’objectif ne capturera jamais. Chaque touche, chez Gertsch, ne copie pas le réel: elle en extrait, patiemment, sur des mois parfois des années, une part de vérité.

Le titre choisi pour la rétrospective, Blow-Up, renvoie explicitement au film d’Antonioni, cette enquête sur...

Ce contenu est réservé aux abonnés

En vous abonnant, vous soutenez un média indépendant, sans publicité ni sponsor, qui refuse les récits simplistes et les oppositions binaires.

Vous accédez à du contenu exclusif :

  • Articles hebdomadaires pour décrypter l’actualité autrement

  • Masterclass approfondies avec des intervenants de haut niveau

  • Conférences en ligne thématiques, en direct ou en replay

  • Séances de questions-réponses avec les invités de nos entretiens

  • Et bien plus encore… 

Déjà abonné ? Se connecter

Commentaires

Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

À lire aussi

CultureAccès libre

Le Warhol que Khomeiny n’a pas brûlé

La République islamique voulait chasser l’influence occidentale. Elle conserve pourtant, dans les réserves d’un musée de Téhéran, l’une des collections d’art moderne les plus précieuses hors d’Europe et des États-Unis — dont personne, pas même le régime qui la détient, ne connaît la valeur exacte.

Michel Santi

Ce que l’Aar prend, Thibaut Couturier le rend

Nager dans l’Aare est un rituel bernois. Y perdre ses affaires aussi. Chaque été, des milliers de Bernois confient involontairement à ce torrent turquoise leurs smartphones, leurs alliances et leurs clés. Thibaut Couturier, Français d’Auxerre, s’est donné pour mission de les récupérer en apnée, seul, au fond d’une rivière indomptable. (...)

Sid Ahmed Hammouche
Culture

Vallotton l’extrême au feu de glace

A propos de la rétrospective «Vallotton Forver» qui a lieu à Lausanne, dix ans après l’expo déjà mémorable du Grand Palais à Paris, et d’un petit livre d’une pénétrante justesse sensible de Maryline Desbiolles.

Jean-Louis Kuffer
Culture

Du réconfort qu’apportent les grenouilles

Face à la morosité de l’actualité, les grenouilles empaillées d’Estavayer-le-Lac représentant des scènes du quotidien offrent un peu d’autodérision. Car ne sommes-nous pas tous des petits êtres qui croassent et gobent les mouches?

Jacques Pilet
Culture

Des Nymphéas au smartphone

Premier film de Cédric Klapisch présenté à Cannes en 35 ans de carrière, «La Venue de l’avenir» ne marque pas tant un saut qualitatif que la somme d’une œuvre à la fois populaire et exigeante. En faisant dialoguer deux époques, la nôtre et la fin du 19e siècle des impressionnistes, (...)

Norbert Creutz
Culture

Le chant du monde selon Hodler et la griffe de Vallotton

A voir absolument ces jours en nos régions: deux expositions denses de contenu et de haute volée qualitative, consacrées respectivement à Ferdinand Hodler et quelques «proches», et à Felix Vallotton graveur sur bois. Où la pure peinture et le génie plastique subliment, pour le meilleur, toute forme d’idéologie esthétique ou (...)

Jean-Louis Kuffer
Culture

L’art jubilatoire et jaculatoire d’Armand Avril

A 99 ans, l’artiste lyonnais expose ses nouvelles créations à la galerie RichterBuxtorf de Lausanne. Des chats et des chattes, et aussi des palmiers à la forme sans équivoque. Diverses techniques sont utilisées – peinture, collages, encre… – et les supports sont d’anciens sacs de farine ou des pages de (...)

Patrick Morier-Genoud
CultureAccès libre

Hodler, la locomotive suisse de la modernité face à ses émules

Pour montrer la forte influence de Ferdinand Hodler sur plusieurs générations de peintres suisses, le Musée d’art de Pully et le Musée d’art et d’histoire de Neuchâtel proposent un parcours singulier. Les thèmes iconiques du maître s’y déclinent à travers une cinquantaine d’artistes suisses de la première moitié du 20e (...)

Michèle Laird
CultureAccès libre

L’art au service de la paix: la collection Ghez à l’Hermitage

La Fondation de l’Hermitage accueille une rareté dans le monde des collections privées: les trésors du Petit Palais de Genève proviennent de la collection d’Oscar Ghez, un collectionneur sensible au destin de l’humanité et aux artistes femmes. Privilégiant l’art français de la fin du 19e et du début du 20e, (...)

Michèle Laird
Culture

Vivent les mauvais artistes

Peu de groupes socio-professionnels sont sujets à une compétition aussi brutale que les artistes. Des millions d’appelés et quelques élus. On ne se souvient donc que des supposés génies. Mais que seraient ces artistes géniaux sans tous ceux qui, pense-t-on, ne le sont pas.

David Laufer
Culture

D’Edouard Manet à Robert Ryman et vice-versa

Remarquable et passionnant, «Atopiques. De Manet à Ryman», de Jean Clay, qui vient de paraître à L’Atelier contemporain, nous fait revivre le rapport de la génération mai 68 avec les pratiques artistiques les plus avancées de l’époque.

Yves Tenret
Culture

La sélection, clé de voûte de l’art

Une visite à Gand et ses merveilles de la Renaissance offre une occasion de se demander comment on sélectionnait les artistes alors, et comment on s’y prend aujourd’hui. Et pourquoi cette sélection détermine en grande partie notre perception de la scène artistique.

David Laufer
Culture

L’enfance célébrée

Si la Fondation Gianadda nous a habitués depuis plus de quarante ans à des expositions magnifiques, celle-ci est exceptionnelle. «Anker et l’enfance» met en scène les œuvres majeures du peintre suisse à travers un hymne aux enfants. Bel hommage à Léonard Gianadda, décédé en fin d’année dernière, qui a préservé (...)

Loris Salvatore Musumeci
Culture

Les connexions nazies des musées de Zagreb et de Belgrade: un héritage empoisonné

C’est l’histoire de la provenance plus que problématique de certains des principaux joyaux artistiques du musée Mimara de Zagreb et du Musée national de Belgrade. Certaines des œuvres les plus précieuses et importantes sont en effet entachées de connexions nazies et de pillages, ainsi que d’une ignorance délibérée des autorités.

David Laufer
CultureAccès libre

Nicolas de Staël, portrait intime par sa petite-fille

Dans un entretien exclusif, Marie du Bouchet livre un portrait inédit et intime de son grand-père. A l’occasion de l’exposition de Nicolas de Staël à la Fondation de l’Hermitage, sa petite-fille évoque l’élan créatif singulier qui a fait de lui un artiste majeur du XXème siècle, malgré sa disparition en (...)

Michèle Laird
CultureAccès libre

Nicolas de Staël, la lumière vorace

Le mythe a fait disparaître l’homme. Dans une exposition tout en finesse, la Fondation de l’Hermitage à Lausanne offre un regard nouveau sur Nicolas de Staël, l’artiste majeur du XXème siècle le moins bien compris. Traversées de lumière naturelle dans un cadre intimiste, ses œuvres renaissent et nous rapprochent d’un (...)

Michèle Laird