Franz Gertsch: la vérité au format monumental


A Berne, deux toiles suffisent à mesurer un géant: «Maria mit Kindern» et «Medici», quatre mètres sur six chacune, ouvrent la rétrospective que le Kunstmuseum consacre à Franz Gertsch (1930-2022), père du photoréalisme européen. Jusqu'au 17 janvier 2027, «Blow-Up» retrace soixante ans d'une œuvre obsessionnelle où la photographie garantit le réel, mais où seule la peinture, lente et frontale, prétend dire vrai.
Sommaire
L’exposition que le Kunstmuseum Bern consacre à Franz Gertsch (1930-2022) vous absorbe. Dès la première salle, où se font face les deux plus grands formats jamais peints par l’artiste — Maria mit Kindern et Medici — quatre mètres sur six chacun, on comprend qu’on n’est pas venu regarder des tableaux. On est venu y entrer. C’est un monument que ce musée consacre à un artiste monumental. La formule n’a ici rien d’une facilité de langage: elle est la structure même de l’œuvre.
Franz Gertsch est considéré, à raison, comme le père du photoréalisme européen. Mais réduire son geste à une performance technique — reproduire la photographie au pinceau — serait passer à côté de l’essentiel. Gertsch lui-même avait posé les termes du débat avec une netteté désarmante: la photographie est garante de la réalité, disait-il; la peinture, elle, est garante de la vérité. Toute la tension de son œuvre loge dans cet écart. De loin, ses toiles produisent l’illusion parfaite d’un cliché figé. On s’approche, et l’image se dissout en un magma de matière, de coulures, de gestes presque abstraits. On recule: la netteté revient, intacte. Entre ces deux distances se joue quelque chose qui n’appartient qu’à la peinture. Un supplément de présence que l’objectif ne capturera jamais. Chaque touche, chez Gertsch, ne copie pas le réel: elle en extrait, patiemment, sur des mois parfois des années, une part de vérité.
Le titre choisi pour la rétrospective, Blow-Up, renvoie explicitement au film d’Antonioni, cette enquête sur l’image qui, agrandie, révèle et brouille tout à la fois. Gertsch avait forgé sa méthode dans le sillage du cinéaste: photographier, projeter la diapositive dans l’obscurité de l’atelier, peindre à même la lumière projetée. De cette discipline presque monacale naît un art hybride, mi-réel mi-abstrait, où la question du film devient celle du peintre: où commence la vérité dans une image?




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