A son tour, l’UBS s’en prend à l’AVS

Publié le 10 juillet 2026

«Une nouvelle stratégie de prévoyance. Expérience de réflexion sur un système de prévoyance suisse plus durable.» L’étude de l’UBS sur la prévoyance semble un peu égoïste. © ubs.com

Lors de la session d'été, le Parlement a refusé de financer de manière raisonnable la 13e rente AVS. C'est maintenant au tour du géant bancaire de passer à l'attaque en proposant une refonte radicale du système de prévoyance vieillesse en Suisse. Les bénéficiaires de ce remaniement? Le secteur financier, y compris l’UBS, et les riches.

Article publié sur Infosperber le 5 juillet 2026, traduit et adapté par Bon pour la tête

Parfois, la politique est compliquée. Parfois, elle est simple. Cette fois-ci, elle est carrément limpide: par le biais d’une récente étude, l’UBS propose des changements radicaux pour les trois piliers existants de la prévoyance vieillesse: l’AVS, les caisses de pension et le pilier 3a. Pour le plus grand bonheur du secteur financier et des hauts revenus. Ce n’est bien entendu pas écrit noir sur blanc dans l’étude, mais voyez plutôt:

AVS: abandon du système par répartition

Aujourd’hui, l’AVS fonctionne selon le système de répartition. Cela signifie qu’elle redistribue immédiatement ses recettes. Son patrimoine est relativement modeste. Il s’élève actuellement à environ 60 milliards de francs, soit un peu plus que les dépenses annuelles. A titre de comparaison, les caisses de retraite suisses disposent actuellement d’environ 1400 milliards de francs.

Or, selon la proposition de l’UBS, l’AVS devrait fonctionner selon le principe de capitalisation, à l’instar des caisses de retraite. Cela signifie que les jeunes ne paieraient plus pour les personnes âgées; chacun épargnerait pour soi. La grande banque propose également que l’argent soit «investi sur les marchés financiers» jusqu’à la retraite. Et, dès lors, au profit du secteur financier.

L’inconvénient du système par capitalisation, c’est qu’il génère d’énormes fortunes qui doivent être placées de manière à la fois rentable et sûre. Or, l’UBS l’admet: «Une baisse très forte et très longue pourrait nécessiter un plan de sauvetage public considérable, qui (…) rendrait probablement nécessaire une hausse des impôts.» Autrement dit, si la situation devait devenir critique, ce serait alors à la Confédération d’intervenir.

Tout cet argent dans la prévoyance vieillesse pose déjà problème aujourd’hui: les caisses de retraite investissent environ un quart de leur patrimoine dans l’immobilier. Elles alimentent ainsi la spéculation immobilière et font grimper les loyers. Encore plus d’argent à placer entraînerait encore plus de problèmes.

Actuellement, les assurés et les entreprises versent chacun 4,35 % du salaire à l’AVS. Selon le plan de l’UBS, ce taux passerait à 10 % chacun. Mais uniquement sur les tranches de salaire allant jusqu’à 50 000 francs, et donc au détriment des petits salaires. Mais pour le plus grand bonheur des gros revenus. Ce serait alors la fin de l’AVS sous sa forme actuelle. L’UBS estime par ailleurs que l’âge de la retraite à 65 ans est «obsolète», bien que les électeurs l’aient confirmé il y a deux ans.

Caisses de retraite: sans garantie

Selon les propositions de l’UBS, le 2e pilier ne devrait plus compter que des «prestataires privés». Finies, donc, les caisses de retraite gérées par les communes, les cantons ou la Confédération. Les prestataires devraient rémunérer les fonds aux «taux du marché», sans «aucune garantie sur le capital», là encore pour le plus grand bonheur du secteur financier.

Aujourd’hui déjà, la retraite versée par les caisses de retraite est une affaire incertaine. Jusqu’en 2006, le taux de conversion s’élevait à 7,2 %. Une personne ayant épargné 500 000 francs dans sa caisse de retraite percevait ainsi une retraite de 36 000 francs par an. Aujourd’hui, le taux de conversion moyen est de 5,3 %. Dès lors, 500 000 francs ne rapportent plus qu’une rente de 26 500 francs par an.

S’il n’y a «aucune garantie du capital», comme le prévoit l’UBS, alors tout deviendrait encore plus incertain. Même le taux d’intérêt minimal, déjà dérisoire, devrait baisser.

Encore un petit détail en passant: selon les propositions de l’UBS, contrairement à la pratique actuelle, les entreprises verseraient moins de cotisations à la caisse de retraite que les salariés. Pour le plus grand bonheur… des actionnaires!

Pilier 3a: pas d’impôt au moment du retrait

A l’avenir, selon l’UBS toujours, les salariés devraient pouvoir verser 20 000 francs (contre 7 258 francs aujourd’hui) dans le pilier 3a et ainsi les déduire de leur revenu imposable. De plus, le retrait du capital devrait être exonéré d’impôt. Pour le plus grand plaisir des personnes à hauts revenus. Et du secteur financier!

Et sinon?

L’UBS souhaiterait de préférence supprimer de l’AVS et des caisses de retraite la rente de survivants (rente de veuve, rente d’orphelin). Selon elle, celle-ci ne devrait subsister que pour les enfants et les jeunes adultes en formation, mais en dehors du cadre de l’AVS et des caisses de retraite. Ceux qui le souhaitent pourraient souscrire une assurance de survivants à titre privé.

L’UBS souhaite également supprimer d’emblée l’assurance invalidité des caisses de retraite. Selon le même argument: ceux qui le souhaitent pourraient toujours s’assurer à titre privé. Deux propositions qui, là encore, feraient le bonheur du secteur financier… et de l’UBS.

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