Le désir d’expatriation des jeunes Français atteint un niveau record, révélant un malaise profond. Entre désenchantement politique, difficultés économiques et quête de sens, cette génération se détourne d’un modèle national qui ne la représente plus. Chronique d’un désamour générationnel qui sent le camembert rassis et la révolution en stories.
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Cinquante-quatre pour cent des jeunes Français de 18 à 24 ans affirment vouloir quitter la France, non pas dans le cadre du programme Erasmus, mais pour de bon. C’est ce que révèle un sondage OpinionWay publié en décembre 2023. D’habitude, ce taux tourne autour de 40 %. Leurs destinations? Canada (28 %), Allemagne (7 %), Italie et Royaume-Uni. Bref, n’importe quel endroit où décrocher un boulot ne relève pas du parcours du combattant. En comparaison, la population globale du pays observe une tendance inverse: seuls 30 % de l’ensemble des Français caressent ce rêve d’expatriation, un chiffre en baisse, alors qu’ils étaient près de 50 % il y a 10 ans.
«J’en ai marre de la France: tout est compliqué, les gens sont racistes, il n’y a pas de travail… Au Canada, tout est plus simple.» Ninon, 24 ans, a choisi de partir à Montréal grâce à un programme vacances–travail (PVT), sans attendre que la France lui offre des opportunités. Esteban, 25 ans, ne politise pas, il énonce froidement la réalité: «on est dans un pays de vieux cons». Ce n’est ni une provocation gratuite, ni un caprice d’adolescent, mais une irritation politique que lui inspire la situation. Celui d’une jeunesse asphyxiée par un pays qui lui dit d’attendre, de s’adapter, de «faire ses preuves», tout en lui retirant le tapis sous les pieds: contrat de travail à durée indéterminée introuvable, logement inaccessible, politique verrouillée.
«On a honte de la France»
La colère qui en découle est politique. Beaucoup de jeunes, comme Elise, 23 ans, disent «on a honte de la France» — non seulement en raison du chômage ou du coût de la vie, mais pour des raisons morales: étranglement du débat public sur Gaza, incapacité à digérer l’héritage colonial, silences face aux violences d’Etat. A leurs yeux, la scène internationale et les quartiers forment un tout: incohérence, hypocrisie, oubli des principes proclamés. Résultat, si l’on en croit une étude menée en 2022 par l’Institut Montaigne: près de la moitié des 18-24 ans se sentent mal représentés, 43 % ne se reconnaissent dans aucune tendance politique et 69 % estiment que les élites sont corrompues. L’abstentionnisme et le désinvestissement civique sont devenus un réflexe de survie, notamment dans les campagnes. Baptiste, 22 ans, de Haute-Savoie, explique: «Ici, on n’a jamais l’impression que notre voix compte. Les élections, c’est pour les autres.»





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