Publié le 27 septembre 2024

Bombardements sur le Sud-Liban, le 20 septembre dernier. © Lingfing – Own work – CC BY 4.0

Face à l’attaque massive et meurtrière d’Israël, ce petit pays fait preuve d’un courage et d’une solidarité admirables. C’est inattendu car il est profondément divisé entre diverses factions religieuses, l’Etat est faible, l’économie à bout de souffle. Et pourtant...

Les Israéliens espéraient qu’en visant le Hezbollah, ils dresseraient sunnites, chrétiens, druzes et autres contre l’organisation chiite appuyée par l’Iran. Le contraire s’est produit. Des dizaines de milliers d’habitants du Sud-Liban, principale cible des bombardements, ont fui vers Beyrouth et les régions moins touchées. Partout ils trouvent portes ouvertes. Ecoles, églises, mosquées, les particuliers aussi les accueillent dans un élan de solidarité. Toutes appartenances religieuses et politiques confondues. «Nous sommes tous libanais!» Au point que les divers partis d’ordinaire si vivement opposés esquissent un rapprochement, laissant entrevoir enfin la désignation d’un Président, retardée depuis deux ans. Cela n’annonce certes pas la grande réconciliation mais l’épreuve les contraint à surmonter leurs divisions, du moins pour un temps.

Toute la partie sud, à proximité d’Israël, est ravagée. Non seulement «les cibles militaires», comme dit Tsahal, mais toute l’infrastructure. Ecoles, hôpitaux, réseaux de communication, immeubles, tout y passe. A la manière pratiquée à Gaza. Mais d’autres parties du pays sont aussi visées. Le sud de la capitale et surtout la plaine de la Beeka contrôlée par le Hezbollah. Celui-ci, durement éprouvé, n’est cependant pas à bout de forces. Il s’est préparé de longue date à un tel assaut. Son arsenal caché reste considérable, ses combattants sont aguerris. Il est encore en mesure de tirer roquettes et missiles sur Israël, de façon retenue pour le moment mais fort menaçante. Prêt aussi à affronter une éventuelle offensive terrestre. On se souvient qu’en juillet 2006, l’invasion israélienne du Liban avait tourné au fiasco au bout de 34 jours.

Tout est en place pour que la guerre continue longtemps encore. Le gouvernement Netanyahou y trouve le moyen de durer face aux frondes intérieures et satisfait les aspirations des extrémistes. L’un de ses membres est allé jusqu’à dire qu’il fallait «annihiler le Liban». Comme cela se passe à Gaza réduite en un champ de ruines. Comme cela se passe en Cisjordanie où colons et armée renforcent leur emprise, arrêtent des milliers de Palestiniens, coupent les oliviers et chassent des habitants de leurs maisons, où la faible «Autorité palestinienne» est économiquement asphyxiée, réduite à l’impuissance, de facto effacée du jeu. Dans son «ivresse militaire» – le terme est de l’écrivaine libanaise Dominique Eddé dans Le Monde – Israël ne fait plus aucune distinction entre combattants armés et populations civiles. «Le but est de plus en plus clair, ajoute-t-elle, tout faire pour entretenir et sauver la caricature, pour déporter la question de la Palestine, afin de mieux la liquider, pour la transformer en conflit entre Blancs et barbus, pour que l’Occident n’ait plus d’autre option que de suivre aveuglément.»

Devant la tragédie du Liban, devant cette violation grossière du droit international, les Occidentaux restent d’une passivité ahurissante. On en est à considérer comme une initiative audacieuse la demande formulée aux Nations Unies d’une «trêve provisoire de 21 jours»! Aucune condamnation franche. A l’exception d’un membre – vacillant! – de l’OTAN, la Turquie.

Les Etats-Unis, aujourd’hui comme hier et comme demain quelle que soit la présidence, restent rivés au gouvernement d’Israël. Ils renforcent encore leur appui ces jours, à coups de milliards, d’armes et de munitions. Peut-être même, en sourdine, sont-ils partie prenante dans cette offensive qui a pour but d’affaiblir l’Iran. Rien d’étonnant donc. Quant aux Européens, comme d’habitude, ils s’alignent. Avec quelques mots lénifiants. Sans jamais hausser le ton. Evidemment sans la moindre perspective de sanctions.

La Suisse fait de même. Déjà fort embarrassée par la demande qui lui est adressée par l’Assemblée générale des Nations Unies d’organiser une conférence «sur les territoires occupés», elle fait profil bas devant les derniers développements de la guerre. Le fil X (Twitter) du DFAE, nourri jour après jour, est révélateur: pas un mot sur les bombardements et les centaines de victimes à la suite de l’offensive engagée le 23 septembre et qui se poursuit.

M. Cassis et Mme Amherd, présents à New York, serrent des mains, glissent d’aimables propos ici et là, mais plus personne n’attend d’eux une parole forte, une vision originale des chemins à tracer vers la paix.

Enfin un autre constat. La placidité occidentale dans la tourmente se remarque aussi au plan humanitaire. Les ONG au grand cœur ne se pressent pas au chevet du Liban. Qui a pourtant besoin, plus que jamais, d’aides de toutes sortes, pour les hôpitaux, les écoles, les centres d’accueil. Exception réconfortante: la Chaîne du Bonheur lance actuellement une campagne en faveur des populations de Gaza et du Liban. Honneur à ses dirigeants. Ailleurs? Aucun sursaut vigoureux. Et bien peu de secours arrivent sur place.

C’est dire combien les opinions publiques et les Etats, de ce côté de la planète, sont tétanisés devant les agissements des va-t’en-guerre israéliens.

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