La Russie se met en ordre de bataille


Continuité ou petite révolution? Comment interpréter les changements intervenus dans la composition du gouvernement russe? Comme à son habitude, Poutine a misé sur la stabilité et la fidélité, en renouvelant les mandats de 90% des ministres et des hauts cadres, mais en procédant néanmoins à des mutations qui ne sont pas anodines.
La nouveauté la plus spectaculaire est sans conteste l’éjection par le haut du ministre de la Défense, Sergey Shoigu, devenu patron du Conseil de sécurité, précédée et suivie par une opération de nettoyage des cadres les plus corrompus de son ministère, dont deux membres éminents ont été arrêtés. Il faut dire que, depuis la rébellion de Prigogine en juillet dernier et les rumeurs persistantes de détournements de fonds, la position de Shoigu était devenue intenable. Mal aimé par les soldats sur le front et détesté par la population, qui ne croyait plus à ses déclarations amphigouriques alors que les troupes peinaient sur le terrain à cause des lacunes d’approvisionnement, il n’avait plus sa place à la tête d’un ministère qui concentre désormais plus de 6% du PNB dans ses mains et dont le budget va aller croissant dans les prochaines années.
Le ménage n’est pas encore achevé, puisque d’autres personnages controversés, tel le vice-ministre ossète Ruslan Tsilakov, restent encore en place. Mais il a commencé et on verra bien jusqu’où il ira. Le fait que Poutine ait désigné un de ses proches à la réputation impeccable, le mathématicien de formation et technocrate avisé de l’économie Andrey Belooussov, manifeste en tout cas une claire volonté de reprise en mains et de réorganisation de la défense sur des bases beaucoup plus efficaces et acceptables pour l’opinion publique et les militaires. On ne pouvait plus continuer à mobiliser autant d’argent pour qu’il disparaisse dans des poches indélicates.
L’autre surprise de ce remaniement vient de la nomination de Nikolaï Patrushev, ancien président du Conseil de sécurité, et d’Alexey Dyumin, ex-garde du corps de Poutine et ancien gouverneur de Toula, comme assistants personnels du président. Personne ne sait ce que ces nouvelles fonctions, vagues et peu concrètes, signifient. Il s’agit là probablement de nominations temporaires, ces deux personnalités restant en réserve de la République en attendant d’autres postes, peut-être à la tête du Conseil de la Fédération et de la Douma. Le rôle de Patrushev, dont le fils vient d’être promu vice-Premier ministre et que la rumeur désigne comme l’un des successeurs potentiels de Poutine, reste dans tous les cas déterminant même s’il n’apparait plus au premier plan.




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