La discrimination institutionnelle de nos enfants

Bon pour la tête

Par Bon pour la tête · Publié le 7 juillet 2023 · 3 min de lecture

La discrimination institutionnelle de nos enfants
© Joshua Hoehne via Unsplash

Le système de notation du DIP est un catalyseur de tourner en rond de nombreux jeunes et un empêcheur de poursuivre leurs études dans leurs domaines respectifs d’excellence. La libre circulation expose nos enfants à une concurrence déloyale sur leur territoire, face à plusieurs millions de jeunes européens, désireux de venir travailler chez nous et ravir nos places de travail. 

Claude et Dominique habitent à Thônex des deux côtés de la frontière. Leurs immeubles sont séparés par une bordure de thuyas qui sert aussi de frontière entre la Suisse et la France. Grâce à un passage secret aménagé manuellement entre les arbres, les deux jeunes ont grandi ensemble, passant d’un pays à l’autre sans cesse, et prenaient un malin plaisir à le faire. L’informatique était leur dada et leurs ambitions débordantes.

Claude avait 4,4 sur 6 de moyenne à la fin du cycle, et Dominique 14,50 sur 20 au brevet. Autant dire les mêmes notes.

Mais Claude, un peu faible en français, tout comme Dominique d’ailleurs, n’a pas pu continuer ses études au Collège public à Genève, car sa note de 3,4/6 en français était éliminatoire, puisqu’il s’agit d’une matière principale. La note de 5/6 en maths ne fut d’aucun secours.

Dominique a continué et réussi son baccalauréat avec «mention»; 13,3/20 l’équivalent de 4/6. En français sa note était de 9/20 mais le 15/20 en maths a sauvé son avenir. C’est la moyenne générale qui compte en France pour réussir, presque pareil pour la Maturité fédérale suisse.

Après quelques années d’études, Claude a obtenu un CFC pour devenir agent de saisie informatique à l’Administration fiscale genevoise, alors que Dominique a obtenu un Master en informatique de l’Université de Genève, et a rejoint quelques années plus tard le même employeur en tant que responsable de la sécurité informatique.

Le passage entre les thuyas s’était refermé depuis longtemps et l’Etat de Genève est devenu la source de séparation des deux amies.

Heureusement que cette histoire est le fruit de mon imagination, mais elle a tout pour être réelle. 

Le système de notation à la tronçonneuse du DIP est assassin et injuste. Seuls les propos de l’ancien conseiller fédéral Shneider-Ammann à ce sujet le sont encore davantage. Lui, voulait durcir les conditions pour obtenir la Maturité fédérale. Or, comme chacun sait, le parcours d’études en Suisse et la matu suisse sont les plus difficiles sur la planète Terre.

Si Claude descendait d’une famille aisée, avec 4,4/6 de moyenne et malgré la note éliminatoire, elle aurait pu poursuivre au collège, car les écoles privées qui préparent à obtenir la Maturité fédérale accueillent à bras ouverts tous ceux qui obtiennent la moyenne de 4/6 à la fin du cycle, pour autant que leurs parents aient les moyens financiers nécessaires.  

Le système de notation du DIP est un catalyseur de tourner en rond de nombreux jeunes et un empêcheur de poursuivre leurs études dans leurs domaines respectifs d’excellence. La libre circulation expose nos enfants à une concurrence déloyale sur leur territoire, face à plusieurs millions de jeunes européens, désireux de venir travailler chez nous et ravir nos places de travail. 

Nous avons besoin de diplômer et de diplômés.

Il ne s’agit pas d’une quête de charité, mais d’un appel aux nouveaux élus de l’exécutif et du législatif genevois, à s’inspirer du système fédéral, pour stopper net la discrimination actuelle de nos enfants. Permettez-leur au moins de se battre sur notre marché du travail interne à armes égales avec les jeunes de nos voisins.

Elie Hanna

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Martin Bernard