Corruption à Bruxelles. Possible en Suisse? Ah! non! Et pourtant…

Publié le 23 décembre 2022

© Marcus Oprea via Unspash

Le Parlement européen a désormais une star déchue célébrissime dont il se serait bien passé. L’eurodéputée grecque Eva Kaili qui, avec ses copains, a reçu des valises bourrées d’euros en provenance du Qatar. Ce qui lui a valu de faire la Une des journaux, d’autant plus qu’il s’agit d’une fort belle femme. Que la corruption dans cette enceinte soit un problème grave qui appelle des mesures fortes, c’est l’évidence. Mais les hauts cris d’indignation ne seraient-ils pas quelque peu hypocrites? Dans nos belles démocraties, on sait aussi fermer les yeux sur le pouvoir de l’argent en politique.

Deux constats au passage. Le Parlement de Strasbourg-Bruxelles est souvent décrié comme un machin sans pouvoir. S’il n’en avait pas, on ne l’arroserait pas ainsi. Ces «cadeaux» sont un hommage à son rôle. Par ailleurs, il faut rappeler que sur les 600 députés, une poignée seulement est suspecte. L’affaire ne discrédite nullement l’institution.

Au chapitre de l’influence des puissances étrangères, en Suisse aussi, il y aurait beaucoup à dire. Une autre fois… Restons-en à celle des grandes entreprises. Leur poids est considérable sur les décisions politiques. Mais là, plutôt que d’user du gros mot corruption, parlons d’infiltration. 

Dernier exemple en date. Le poste du célèbre Daniel Koch, responsable des maladies transmissibles à l’OFSP au début de la pandémie, est repourvu après un interim. Avec l’arrivée d’une honorable dame, Sandra Bloch, qui a passé 17 ans chez Pfizer, travaillé chez Bayer et ces sept dernières années au sein de l’entreprise biopharmaceutique américaine AbbVie. La nouvelle, révélée par la RTS, n’a fait l’objet d’aucune communication officielle. En Suisse romande, elle n’a été reprise que par 20 Minutes. Elle a néanmoins fait grincer dans les milieux médicaux où l’on aurait souhaité une personnalité indépendante des pharmas, abordant le domaine sous tous ses aspects, y compris la prévention, les traitements traditionnels, sans l’obsession des vaccins, pas toujours indispensables, mais très rémunérateurs pour les entreprises qui en concoctent sans cesse de nouveaux. Ces géants peuvent se royaumer en Suisse. Il y règne une dame formatée chez eux, mise là en douce.

Le tumulte autour de l’affaire bruxelloise est l’occasion de rappeler qu’au chapitre de la corruption et du blanchiment d’argent, Transparency International Switzerland tire un bilan peu réjouissant. Le financement des partis et des campagnes électorales reste opaque. Certes depuis cet automne, les dons au-delà de 15’000 francs doivent être déclarés. Mais les tireurs de ficelles peuvent se montrer bien plus généreux en multipliant ces versements à partir d’un réseau de donateurs. Le lobbyisme n’est pas un mal en soi, il a son rôle dans le jeu démocratique. C’est l’opacité qui le dévoie.

Les gardiens de la transparence ajoutent ce constat: «La Suisse affiche aussi une déficience en matière de transparence des liens d’intérêts des membres du Parlement fédéral, lesquels ont accumulé ces dernières années un très grand nombre de mandats accessoires, souvent rémunérés, ce qui peut donner lieu à des situations délicates de dépendance et d’intérêts croisés. En dépit de cet état de fait, il n’a pas été donné suite à l’initiative parlementaire déposée par le conseiller aux Etats Rieder, laquelle visait à interdire l’acceptation de mandats rémunérés présentant un lien avec la qualité de membre d’une commission. En conséquence, le Parlement a maintenu le système actuel insatisfaisant, basé sur les déclarations annuelles des député-e-s concernant leurs liens d’intérêts, lesquelles ne s’étendent toujours pas aux rémunérations perçues et ne font l’objet d’aucun contrôle.»

Alors oui, on est très loin de la corruption style pieds nickelés de Mme Kaili et sa bande. Mais il se pourrait que l’infiltration à des postes-clés, l’arrosage opaque du champ politique, soient en fait plus efficaces pour atteindre les objectifs des personnes, des entreprises et des groupes d’intérêts disposant d’une force de frappe financière.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires

À lire aussi

Accès libre

«Il ne s’agit pas de réfuter ses analyses, mais de les rendre inaccessibles»

L’article de Jacques Pilet sur les sanctions dont est victime Jacques Baud, ex-colonel suisse des services de renseignement, ex-expert de l’ONU, ex-délégué auprès de l’OTAN, a suscité de nombreux commentaires, dont celui-ci qui nous semble particulièrement intéressant.

Bon pour la tête
PolitiqueAccès libre

Rogner les libertés au nom de la démocratie

Il se lève, en Europe, une vague de fond, peu bruyante, qui néanmoins atteint au cœur ce à quoi nous tenons tant: la liberté d’expression. Partout, les Etats concoctent des appareils de surveillance des propos qui courent. Nous avons parlé ici des tracasseries policières et judiciaires — surtout en Allemagne (...)

Jacques Pilet
Politique

Les Etats-Unis giflent l’Europe et font bande à part

Sismique et déroutante, la nouvelle stratégie de sécurité américaine marque une rupture historique. Après un exercice d’introspection critique, Washington opte pour un repli stratégique assumé, redessine sa doctrine autour des priorités nationales et appelle ses partenaires — surtout européens — à une cure de réalisme. Un tournant qui laisse l’Europe (...)

Guy Mettan
PolitiqueAccès libre

Pacifistes, investissez dans l’armement!

Le journal suisse alémanique «SonntagsZeitung» n’a aucun scrupule: dans sa rubrique Argent, il recommande désormais, avec un certain enthousiasme, d’acheter des actions dans le secteur de la défense… lequel contribue à la paix, selon certains financiers.

Marco Diener
Culture

Vallotton l’extrême au feu de glace

A propos de la rétrospective «Vallotton Forver» qui a lieu à Lausanne, dix ans après l’expo déjà mémorable du Grand Palais à Paris, et d’un petit livre d’une pénétrante justesse sensible de Maryline Desbiolles.

Jean-Louis Kuffer
Histoire

La Suisse des années sombres, entre «défense spirituelle» et censure médiatique

En période de conflits armés, la recherche de la vérité est souvent sacrifiée au profit de l’union nationale ou de la défense des intérêts de l’Etat. Exemple en Suisse entre 1930 et 1945 où, par exemple, fut institué un régime de «liberté surveillée» des médias qui demandait au journaliste d’«être (...)

Martin Bernard
PolitiqueAccès libre

Qui a des droits et qui n’en a pas, la démocratie à géométrie variable

Les votations cantonales vaudoises en matière de droits politiques, notamment pour les résidents étrangers, soulèvent des questions allant bien au-delà des frontières cantonales et nationales. Qu’est-ce qu’une communauté? Qui a le droit d’en faire partie? Qui en est exclu? Est-ce la raison et la logique ou bien plutôt les affects (...)

Patrick Morier-Genoud
Economie

La crise de la dette publique: de la Grèce à la France, et au-delà

La trajectoire de la Grèce, longtemps considérée comme le mauvais élève de l’Union européenne, semble aujourd’hui faire écho à celle de la France. Alors qu’Athènes tente de se relever de quinze ans de crise et d’austérité, Paris s’enlise à son tour dans une dette record et un blocage politique inédit. (...)

Jonathan Steimer
SantéAccès libre

PFAS: la Confédération coupe dans la recherche au moment le plus critique

Malgré des premiers résultats alarmants sur l’exposition de la population aux substances chimiques éternelles, le Conseil fédéral a interrompu en secret les travaux préparatoires d’une étude nationale sur la santé. Une décision dictée par les économies budgétaires — au risque de laisser la Suisse dans l’angle mort scientifique.

Pascal Sigg
Politique

La neutralité fantôme de la Suisse

En 1996, la Suisse signait avec l’OTAN le Partenariat pour la paix, en infraction à sa Constitution: ni le Parlement ni le peuple ne furent consultés! Ce document, mensongèrement présenté comme une simple «offre politique», impose à notre pays des obligations militaires et diplomatiques le contraignant à aligner sa politique (...)

Arnaud Dotézac
Politique

Honte aux haineux

Sept enfants de Gaza grièvement blessés sont soignés en Suisse. Mais leur arrivée a déclenché une tempête politique: plusieurs cantons alémaniques ont refusé de les accueillir, cédant à la peur et à des préjugés indignes d’un pays qui se veut humanitaire.

Jacques Pilet
Politique

Les penchants suicidaires de l’Europe

Si l’escalade des sanctions contre la Russie affaiblit moins celle-ci que prévu, elle impacte les Européens. Des dégâts rarement évoqués. Quant à la course aux armements, elle est non seulement improductive – sauf pour les lobbies du secteur – mais elle se fait au détriment des citoyens. Dans d’autres domaines (...)

Jacques Pilet
Economie

Le secret bancaire, un mythe helvétique

Le secret bancaire a longtemps été l’un des piliers de l’économie suisse, au point de devenir partie intégrante de l’identité du pays. Histoire de cette institution helvétique, qui vaut son pesant d’or.

Martin Bernard
Sciences & Technologies

Des risques structurels liés à l’e-ID incompatibles avec des promesses de sécurité

La Confédération propose des conditions d’utilisation de l’application Swiyu liée à l’e-ID qui semblent éloignées des promesses d’«exigences les plus élevées en matière de sécurité, de protection des données et de fiabilité» avancées par l’Administration fédérale.

Solange Ghernaouti
Politique

Les poisons qui minent la démocratie

L’actuel chaos politique français donne un triste aperçu des maux qui menacent la démocratie: querelles partisanes, déconnexion avec les citoyens, manque de réflexion et de courage, stratégies de diversion, tensions… Il est prévisible que le trouble débouchera, tôt ou tard, sous une forme ou une autre, vers des pouvoirs autoritaires.

Jacques Pilet
Sciences & Technologies

Identité numérique: souveraineté promise, réalité compromise?

Le 28 septembre 2025, la Suisse a donné – de justesse – son feu vert à la nouvelle identité numérique étatique baptisée «swiyu». Présentée par le Conseil fédéral comme garantissant la souveraineté des données, cette e-ID suscite pourtant de vives inquiétudes et laisse planner la crainte de copinages et pots (...)

Lena Rey