Vous reprendrez bien un CaFé en 2022

Publié le 29 juillet 2022

Cérémonie d’ouverture le dimanche 24 juillet 2022 au mova à Ulrichen © Association Bula 2021/Jan Thoma

En ce moment a lieu le plus grand rassemblement de tous les temps de scouts suisses. Ils sont 35'000 à s’être donné rendez-vous au fin fond du Valais: il s’agit du treizième Camp Fédéral (CaFé) depuis 1925. Pendant longtemps il y eut des Camps pour les garçons et des Camps pour les filles. Les trois derniers ont réuni garçons et filles, tous les quatorze ans.

On peut se demander quel est le sens d’organiser une manifestation, qui par certains côtés ressemble à un festival open-air, pour des jeunes dont l’idéal est de se retrouver en petits groupes, les samedi après-midi, au contact avec la nature.

Une ville éphémère

Ces dernières semaines, sur les terrains des communes de Goms et Obergoms, autour de l’ancien aéroport militaire de Ulrichen, a été bâtie une ville éphémère, qui pendant deux semaines aura un nombre d’habitants à peine inférieur à celui du chef-lieu valaisan. La candidature valaisanne pour accueillir le Camp Fédéral Scout (CaFé) a été retenue après l’analyse d’une douzaine de dossiers, que le Comité organisateur a reçu il y a cinq ans. Pour la première fois, le Camp pourra se tenir en un seul lieu, sans besoin de s’organiser en sous-camps. L’infrastructure mise en place par les volontaires est impressionnante. Elle s’étend sur trois kilomètres, et au centre y apparaît une scène digne des plus grands festivals, un hangar de distribution de repas, un petit supermarché, un hôpital de camp (sans salle d’opération, mais avec un appareil à rayons X et un laboratoire d’analyses), une centrale incendie, une station radio, etc. Le Camp compte 30 kilomètres de tuyaux pour l’acheminement de l’eau, et l’évacuation des eaux usées. Y circulent environ 6’000 vélos. Tous les matins plus d’une tonne de pain arrive au Camp. Samedi 23 juillet ont commencé à arriver les jeunes scouts, acheminés en train depuis Brigue (VS) et Andermatt (UR), et en car depuis Airolo (TI) et Meiringen (BE). Quelques minutes après leur arrivée, ils ont rejoint l’un des 800 emplacements réservés aux différentes unités, où ils auront planté leurs tentes.

La force du volontariat solidaire

5’000 bénévoles travaillent au Camp, pour quelques jours ou jusqu’à six semaines. Certains membres du Comité d’organisation ont consacré jusqu’à une demi-journée par semaine, pendant cinq ans, afin de concrétiser cet immense projet. De fait, l’association qui a été constituée pour monter le CaFé ne compte que l’équivalent de deux salariés à plein-temps. Les bénévoles font de tout, et portent souvent leur expérience professionnelle au profit de l’organisation. De manière générale, les organisateurs essaient de ne pas recourir à l’externalisation et ne chargent pas les administrations locales.

Ainsi, à l’hôpital du Camp ce sont 140 professionnels de la santé qui œuvrent, et il n’a pas fallu chercher ailleurs des spécialistes de la sécurité. Parfois, les bénévoles interviennent aussi à contre-emploi. Un lieutenant-colonel des pompiers travaille comme porte-parole officiel, et un docteur en anthropologie s’habille tous les jours en grenouille verte, pour jouer le rôle d’une des mascottes du Camp. Le niveau des compétences mobilisées est très élevé, et les autorités locales ont été impressionnées par le sérieux des organisateurs. Ce n’est pas un hasard si le premier responsable du Camp a récemment été engagé à la direction de Obergoms Tourismus AG!

Bien évidemment, les volontaires n’ont pas tout pu gérer eux-mêmes, mais ils ont su établir des coopérations efficaces avec des partenaires indispensables comme l’Armée (pour l’infrastructure lourde) et les CFF (essentiellement pour l’acheminement). Une des décisions les plus difficiles que le Comité a dû prendre a été celle du déplacement du Camp de 2021 à 2022, à cause du Covid-19. Comme nous l’a expliqué Luca Gambazzi, qui a participé à trois CaFé, et qui cette année est membre du Comité de l’association, celui-ci a pris la décision du report en entière autonomie, sur la base d’une étude de faisabilité détaillée. Son équipe est par exemple allée jusqu’à évaluer la charge supplémentaire sur les égouts, causée par une augmentation du nombre de lavages de mains. On voit que le simple fait d’avoir réussi à organiser le Camp est une source de fierté pour le Mouvement Scout de Suisse.

Une attention portée à l’environnement

Les personnes interrogées s’accordent à dire que s’il y a eu un moment où la moitié de la population était sceptique au sujet de l’arrivée du Camp, les habitants ne seraient plus qu’un sur cinq à avoir encore des doutes. Le scepticisme est surtout dû à la peur que le Camp ne laisse des traces indélébiles, et qu’il ne perturbe par trop le caractère paisible de cette vallée reculée.

L’attention portée par les organisateurs à l’information de la population a fortement contribué à faire diminuer les réticences. Le gérant d’un restaurant, qui a vu pousser le Camp à une trentaine de mètres de son établissement, dit sa satisfaction quant à l’information qu’il a reçue. Ces dernières années, ce restaurateur a participé à quatre réunions publiques, et tous les deux mois une brochure décrivant l’avancement du projet lui était adressée.

Un des principes légués par Baden Powell, fondateur du mouvement scout international, est celui d’essayer de quitter ce monde en le laissant un peu meilleur qu’au moment où on l’a trouvé. Les scouts sont donc attentifs à l’impact de leurs activités sur la nature. Une sensibilisation aux questions environnementales fait partie des activités proposées au Camp. De plus, le Camp n’a pas nécessité la construction de nouvelles infrastructures, et réussit à tourner sans hypothéquer les ressources énergétiques de la région. Ainsi par exemple, le très grand hangar de distribution des repas est refroidi par le sol, avec de l’eau provenant du Rhône. Les terrains retrouveront leur état d’origine, et si nécessaire les agriculteurs seront indemnisés sur la base de barèmes fixés par l’Union des paysans suisses. D’un point de vue économique, le Camp apporte à la région environ sept fois ce que celle-ci y investit. En effet, le budget du Camp avoisine les 25 millions de francs, dont environ 7,5 millions sont dépensés dans la région. Deux tiers du budget sont couverts par les frais d’inscription des participants, qui s’élèvent à 400 francs pour les deux semaines (voyage, nourriture, activités inclus), le tiers restant étant couvert d’une part par des subventions et par d’autres soutiens variés, et d’autre part, en moindre mesure, par des entrées liées à des activités commerciales. 

Un camp scout dans l’air du temps

Le Camp présente aussi des aspects assez éloignés de la tradition scoute, telle qu’elle a été établie depuis la fondation du mouvement le 1er août 1907. Des spectacles seront proposés à l’ensemble des 30’000 participants sur l’esplanade devant la grande scène. C’est l’opposé des chants autour d’un feu. Dans le Camp circulera très peu d’argent liquide, mais on pourra y utiliser Twint ou le paiement par carte. Aussi, il a semblé indispensable au Comité de disposer d’une connexion à très haut débit, et il est très fier de faire savoir que des volontaires ont réussi à tirer une fibre le long de la ligne de train de Brigue jusqu’au Camp, en seulement deux semaines. On aurait pu craindre la présence de caméras de surveillance, ou de haut-parleurs scandant le rythme de la journée. Heureusement, il n’y en a pas. 

Un mouvement en bonne santé

Si on se réfère aux valeurs et aux objectifs du scoutisme, on peut se demander si un Camp ayant de telles dimensions peut vraiment y contribuer. Le CaFé permet-il un contact avec la nature, ou les scouts devront-ils rester deux semaines durant dans l’enceinte du Camp? Les activités pourront-elles être à l’initiative des petites unités, ou sont-elles toutes coordonnées de manière centrale? Les échanges pourront-ils être libres, ou les activités d’ensemble occuperont-t-elles l’essentiel du temps? De fait, deux tiers des activités sont laissés à l’initiative des différentes unités, qui organisent des jeux et des sorties comme ils le font d’habitude. Dans les unités placées loin de l’allée principale, l’ambiance est plutôt bucolique et conforme à la tradition, et les scouts vont pouvoir se lier d’amitié avec des pairs de toute la Suisse, tout en s’amusant, ce qui est un des objectifs principaux de leur activité. Ils vont ainsi entrer dans un large réseau et renforcer le mouvement.

Indiquons en passant que le CEO des CFF et le Conseiller d’Etat valaisan Darbellay ont été scout, ce qui a certainement aidé à la réussite du projet. Pour les membres du Comité, le CaFé est une démonstration de force et de vitalité. Cédric Bonnebault, Délégué cantonal à la jeunesse du Valais, confirme cette lecture. Pour lui, cela montre de quoi la jeunesse est capable. Pour Luca Gambazzi le Camp est un reflet du succès du mouvement, qui est surtout dû au fait qu’il propose des activités où les jeunes ne sont pas en compétition les uns avec les autres, et qu’il est fidèle à la tradition de maintenir les activités au contact avec la nature. Un CaFé tous les quatorze ans semble donc tout à fait pouvoir se justifier.

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