Édition du 9 janvier 2026

Politique

Ce que change le raid de Caracas

Jacques Pilet

Donald se voit en maître du monde. Même enivré par sa gloriole, il ne tardera pas à découvrir les revers de la médaille. Au-delà de la violation du droit international — les Américains sont coutumiers du fait — il convient de cerner les effets de son grand coup. En particulier en Amérique latine.

Le fait est que si Maduro est en prison, le chavisme reste au pouvoir au Venezuela. Il ne fait plus de doute que l’opération époustouflante dans la nuit du 2 au 3 janvier a été rendue possible par des trahisons au sein du commandement militaire. L’opération américaine a été longuement préparée au plan militaire et politique. Des négociations secrètes, des promesses aussi, ont permis de débrancher les dispositifs de défense aérienne. Seul le dernier carré a résisté jusqu’au bout, au prix de 80 morts, dont 34 Cubains. «L’histoire dira qui furent les traîtres», comme l’a dit le fils de l’ex-président, «Nicolacito», le surnom de ce député. Aujourd’hui, les dirigeants et les généraux d’hier s’accrochent à leurs postes et à leurs privilèges. Trump et son ministre Marco Rubio en ont décidé ainsi. Ils ont dès le début discrédité et écarté les représentants de l’opposition qui avait recueilli plus de la majorité des voix lors des élections de 2024, finalement truquées. A la poubelle, les plaidoyers du vice-président Vance pour la liberté d’expression! 
Ce n’est pas le procès du dictateur déchu qui améliore l’image de l’empire. Justice? On se souvient que Trump a gracié, en novembre dernier, l’ex-président du Honduras, champion du trafic de drogue, condamné à 45 ans de prison, à New York aussi. 
La nouvelle présidente du Venezuela, l’habile Delcy Rodriguez, a une main de fer. Elle a renforcé encore le rôle de l’armée dans la surveillance policière et le contrôle économique, coupé Internet. Elle n’a pas libéré un seul des quelque huit cents prisonniers politiques arrêtés par Maduro. La population est choquée, s’inquiète, surtout, pour son approvisionnement alimentaire, déjà si précaire dans une économie lamentablement dirigée.
Trump apprendra vite qu’entre le succès d’un coup militaire chirurgical et le pouvoir absolu sur un pays, il y a loin. Il n’obtient que le contrôle des exportations. Seul point qui lui importe. D’ailleurs, le ministre d’origine cubaine Marco Rubio s’est montré franc sur une chaîne de télévision latino-américaine: «Les USA n’ont pas tellement besoin de pétrole, nous en avons. Ce qui importe, c’est que ces ressources n’aillent pas à nos adversaires politiques.» En clair: Cuba et, surtout, la Chine.
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