Un président et quelques points d’interrogation

Publié le 12 août 2020

Le Tessinois Marco Chiesa sera adoubé le 22 août comme président de l’UDC. Non-alémanique, admiratif de Christoph Blocher, son profil soulève tout de même quelques questions sur l’avenir du parti souverainiste, moins de deux mois avant la votation sur la libre-circulation des personnes. – © DR

L'arrivée de Marco Chiesa changera-t-elle quelque chose dans la politique suisse? Le Tessinois, qui devrait être désigné à la présidence de l'UDC le 22 août prochain, va très vite connaître son baptême du feu, avec la votation du 27 septembre sur la libre-circulation des personnes. Avec la crise climatique et le COVID19, le camp souverainiste ne peut plus se contenter de ses slogans habituels. Analyse.

Pour les Latins, il n’est pas anodin que Marco Chiesa entre dans le club des présidents de partis gouvernementaux. Petra Gössi et Gerhard Pfister n’ont pas une grande sensibilité pour les minorités linguistiques. Il est inédit que l’UDC confie les rênes à un non-alémanique. Le parti veut-il prouver son assise aux quatre coins du territoire, comme lorsqu’il a projeté Guy Parmelin au Conseil fédéral? Ou avoue-t-il une terrible faiblesse: l’absence de relève dans ses fiefs d’origine?

Âgé de 18 ans en 1992, Marco Chiesa voit en Christoph Blocher un héros pour le combat qu’il a mené contre l’Espace économique européen. Président de l’UDC, sera-t-il une marionnette des Blocher père et fille, ou saura-t-il s’émanciper?

Souverainiste, le conseiller aux Etats tessinois connaîtra son baptême du feu le 27 septembre avec la votation sur l’initiative de résiliation de la libre-circulation des personnes. Si l’UDC gagne, sa présidence sera lancée en fanfare, et c’est lui qui devra donner le ton face aux autres partis, tous dans le camp des perdants. Le parti aura au passage cassé l’aura de Karin Keller-Sutter la brillante pragmatique.

Si l’UDC perd, Chiesa devra éviter de passer pour un gestionnaire du déclin et vite rebondir sur la prochaine échéance: l’accord-cadre avec l’Union européenne. Sur cet enjeu crucial, la discussion se fera en italien. Pour une fois, les Tessinois ne se sentiront pas exclus du débat. De la part de l’UDC, ce n’est pas mal joué de mettre Chiesa dans les pattes du duo Cassis-Balzaretti. Mais sera-t-il capable de...

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