Pascale Kramer ou la sagesse vécue

Publié le 12 juillet 2024

Panneaux électoraux du premier tour des élections législatives en France, juin 2024, à Montmélian (Savoie). © Florian Pépellin – CC BY-SA 4.0

Bel entretien dans le «Tagesanzeiger» avec l’écrivaine franco-suisse Pascale Kramer, dont le livre récent («Les indulgences», éd. Flammarion) reçoit un accueil positif.

Son commentaire sur la situation politique outre-Jura? «J’ai le sentiment que la France n’est pas vraiment prête à se rassembler pour travailler de manière constructive. On n’a pas l’habitude. « Consensus », en France, c’est justement, malheureusement, un « vilain mot ». Nous sommes pourtant dans une situation où il faut sortir du dogmatisme et abandonner certaines idées pour trouver des solutions. Le pragmatisme plutôt que la doctrine pure: c’est beaucoup plus important pour moi, après tout, je suis suisse de base. (rires)… Je salue le fait que tout le monde prenne un peu de recul, se calme d’abord et cherche ensuite une voie ensemble. Et je pense qu’il y a des gens au Nouveau Front Populaire qui seraient ouverts à cela. Jean-Luc Mélenchon n’en fait cependant pas partie – et lorsque j’ai entendu les résultats des élections, à la fois stupéfait et ravi, j’aurais volontiers répondu à son commentaire: « Ferme ta gueule »!»

Pascale Kramer a accueilli et adopté deux réfugiés adultes, l’un du Soudan, l’autre d’Afghanistan. «C’est ainsi que moi, qui ai délibérément renoncé à avoir des enfants, je me suis retrouvée d’un seul coup avec deux fils, une belle-fille, un petit-fils et des proches. Je suis tellement gâtée et entourée de tant d’amour! Nous sommes tous très reconnaissants les uns envers les autres pour ce que nous avons fait les uns pour les autres. Mais je constate aussi que cela n’est pas sans poser de problèmes, par exemple lorsque je me promène avec ma belle-fille voilée à la campagne, où j’habite environ un tiers du temps.» C’est dire qu’elle est sensible au désarroi des Français, à l’expression libérée du racisme et de la xénophobie. Mais elle se garde de tempêter contre le RN. «Beaucoup de ces électeurs se sentent perdus, ils voient la violence et les attentats, la crise du logement et le chômage et disent qu’ils ne savent plus ce qu’être français veut dire. C’est une erreur de les traiter purement et simplement de racistes et de les vilipender au lieu d’améliorer leur situation. Leur reprocher d’être stupides ne sert à rien. Mes fils et de nombreux immigrés ne souhaitent rien de plus que de pouvoir vivre tous ensemble en paix.»

Dès lors quelles solutions? «Les groupes sociaux vivent très séparés les uns des autres, ce qui attise et entretient les peurs et les préjugés. Je favoriserais le contact direct. De nombreux clichés sur les musulmans proviennent des médias et se dissipent lorsqu’on rencontre des personnes réelles. Je m’efforce à petite échelle de faire en sorte que les gens se rencontrent. Si chacun se chargeait d’une petite tâche d’intégration, comme aider un enfant d’immigré à faire ses devoirs ou réunir différentes personnes autour d’un café, on y gagnerait beaucoup. Mais même la gauche n’a pas de véritable vision de l’immigration. On se contente de traiter les autres de racistes, là où il faudrait se résoudre à dire la vérité. La vérité, c’est que le monde est multiculturel, on ne peut pas revenir en arrière. Nous devons désormais veiller à ce que ce monde fonctionne bien – et pour cela investir massivement dans l’intégration des migrants.»


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