Publié le 10 mai 2024

© Radu Prodan via Unsplash

La question nous taraude. Comment le gérer, ce tumulte de l’époque? Tirer le rideau et se recentrer sur soi et ses dadas? Chauffer les émotions jusqu’à se forger des certitudes inoxydables? Mettre les journaux à la poubelle au seul bénéfice de l’histoire, de la culture, de la philosophie, des joyeusetés du divertissement? Comme si l’appart n’était pas assez grand? Ou respirer à fond, rester calmes au choc des nouvelles et tenter d’y voir clair tant bien que mal?

Dans notre dernière newsletter nous avons lancé un appel aux soutiens, car les temps sont durs aussi pour une plateforme indépendante, et un appel surtout à vos commentaires, à vos critiques, à vos suggestions. Plusieurs d’entre vous ont répondu et nous les en remercions vivement.

Un lecteur en particulier nous écrit ceci: «J’avoue zapper tout ce qui traite de la politique, des guerres et autres sujets anxiogènes. Les journaux télévisés et les réseaux sociaux s’en donnent déjà à cœur joie. Les titres sont toujours directifs et influencent les tendances populaires. On nous « pousse » à prendre position dans des conflits qui ne sont pas les nôtres, à stigmatiser tel ou tel peuple, etc. Je refuse cet engrenage et ça commence évidemment par ne plus lire les articles qui traitent de ces sujets.»

Une lectrice fort mécontente hésite à rester abonnée. Ulcérée par une tribune qui critiquait vertement, si on ose dire, le jugement du Conseil de l’Europe sur la politique climatique suisse. «Plus je relis cet article plus je le trouve tout à fait inacceptable et plus j’estime qu’il n’a pas sa place dans votre journal…» Pardon Madame, mais des censeurs, il y en a assez sans nous. Et puis la diversité des opinions, c’est bon pour la circulation sanguine.

Les animateurs de Bon Pour La Tête ne partagent pas forcément les points de vue qui s’y expriment. Nous tenons à ce que ce lieu soit celui de l’échange. Des regards au-delà des chemins battus. Des infos peu connues. Avec sérieux, parfois aussi le sourire en coin. Il en résulte, c’est vrai, pas mal de désordre, beaucoup de manques, mais peut-être, espérons, un espace stimulant. Un brin de provocation, vous ne trouvez pas que cela fait du bien?

Exemple d’actualité. Tout un pan de l’opinion s’irrite de voir des universités occupées sous la bannière «Free Palestine». Ces tenants de l’ordre appellent étudiants et professeurs à rentrer dans l’ordre et certains suspectent ceux-ci d’antisémitisme parce qu’ils réclame la paix à Gaza et veulent punir Israël. Que leur dire ici? Les inviter peut-être à lire le grand historien israélien Shlomo Sand, certes honni par les ultras sionistes, qui a cependant une hauteur de vue passionnante. Il s’exprimait longuement l’autre soir sur le média libre QG. Apportant son soutien aux manifestants des campus et disant sa stupeur devant la diabolisation dont ils font l’objet. Il trouve aberrantes ces centaines de plaintes officielles pour «apologie du terrorisme». Et cela dit, il compare le Hamas aux Talibans afghans qui eux aussi conjuguent l’aspiration nationale et le fanatisme religieux.

Quelle réflexion critique, à l’inverse, pourrait-on proposer aux militants pro-Palestine? L’indignation face aux crimes, la condamnation d’une politique israélienne inique, c’est fort bien, nécessaire, mais pas suffisant. Comment ne pas voir aussi la faiblesse et l’incohérence des discours palestiniens et arabes face à l’avenir? Perpétuellement divisés. Martelés par des dirigeants obsédés par leur pouvoir, souvent corrompus. Shlomo Sand, encore lui, anticolonialiste aujourd’hui comme hier, se dit attristé de voir les régimes qui, en Afrique, ont succédé à leur libération. Il n’est guère optimiste quant à la forme que pourrait prendre, un jour lointain, une hypothétique entité palestinienne. Sa recommandation? Valoriser les quelques voix fortes et raisonnables de ce peuple. Il y en a. Pas toutes en prison. Sur place et à l’étranger. Et surtout celles des femmes!

Bref, préférer le grand angle à l’optique standard. Sans fixettes, sans craindre les contradictions. C’est ce que nous tentons ici, modestement, maladroitement souvent, mais sans manipuler personne. Alors restez avec nous, rejoignez-nous, faites connaître ce site!


Nous sommes à l’écoute de vos commentaires, remarques, agacements ou enthousiasmes: écrivez-nous à info@bonpourlatete.com

Pour nous soutenir et faire un don,

Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires

À lire aussi

Société

Tataki ou le mépris de la RTS pour les jeunes

La chaîne de la RTS (Radio Télévision Suisse) destinée aux 15-24 ans, diffusée sur les plateformes digitales, a fait parler d’elle avec le départ soudain de son directeur. L’occasion de jeter un œil sur le travail de cette copieuse équipe.

Jacques Pilet
Politique

Epstein était-il vraiment un «agent russe», comme le suggèrent certains médias?

Les documents déclassifiés révèlent des contacts réels entre le financier pédocriminel et des figures russes, dont un ex-vice-ministre proche du FSB et des tentatives répétées de contacts avec Vladimir Poutine et Sergueï Lavrov. Si certains médias occidentaux y voient la marque d’un agent d’influence du Kremlin, les preuves d’une collaboration (...)

Martin Bernard
Politique

Sourire en coin

A Davos, Donald Trump n’a pas seulement multiplié les provocations: il a surtout mis à nu le désarroi des dirigeants européens, qui feignent aujourd’hui la surprise face à un rapport de force qui ne date pourtant pas d’hier. Car si le spectacle est nouveau, la dépendance de l’Europe, elle, ne (...)

Jacques Pilet
PolitiqueAccès libre

Colonialisme danois

Les Européens s’agitent, effarés, devant la menace d’annexion du Groenland par les USA. Mais qu’en pensent les habitants de cette île, la plus grande du monde, plus proche de l’Amérique que de l’Europe? Ils ne portent pas le Danemark dans leur cœur. Et pour cause. Ils n’ont pas oublié les (...)

Jacques Pilet
Histoire

Seymour Hersh, un demi-siècle de révélations dans les coulisses du pouvoir

S’intéresser à Seymour Hersh, c’est plonger dans la fabrique de l’information en Occident depuis la guerre du Vietnam. Avec son lot de manipulations, d’opérations secrètes, de crimes de guerre et de compromissions. Netflix a récemment consacré un documentaire à la vie et à l’œuvre du célèbre journaliste d’investigation américain.

Martin Bernard
Sciences & Technologies

Intelligence artificielle: quelle place pour la liberté de la presse et le quatrième pouvoir?

Exercer son esprit critique alors que les promesses de facilité et de rapidité des systèmes d’IA nous invitent à l’endormir et à la paresse intellectuelle devient une nécessité vitale pour chacun d’entre nous. S’interroger sur ce que fait l’IA à la presse et aux médias est tout aussi impératif. Cela (...)

Solange Ghernaouti
Politique

La vérité est comme un filet d’eau pur

Dans un paysage médiatique saturé de récits prémâchés et de labels de «fiabilité», l’information se fabrique comme un produit industriel vendu sous emballage trompeur. Le point de vue officiel s’impose, les autres peinent à se frayer un chemin. Pourtant, des voix marginales persistent: gouttes discrètes mais tenaces, capables, avec le (...)

Guy Mettan
Histoire

La Suisse des années sombres, entre «défense spirituelle» et censure médiatique

En période de conflits armés, la recherche de la vérité est souvent sacrifiée au profit de l’union nationale ou de la défense des intérêts de l’Etat. Exemple en Suisse entre 1930 et 1945 où, par exemple, fut institué un régime de «liberté surveillée» des médias qui demandait au journaliste d’«être (...)

Martin Bernard
Politique

Bonnes vacances à Malmö!

Les choix stratégiques des Chemins de fer fédéraux interrogent, entre une coûteuse liaison Zurich–Malmö, un désintérêt persistant pour la Suisse romande et des liaisons avec la France au point mort. Sans parler de la commande de nouvelles rames à l’étranger plutôt qu’en Suisse!

Jacques Pilet
Politique

Honte aux haineux

Sept enfants de Gaza grièvement blessés sont soignés en Suisse. Mais leur arrivée a déclenché une tempête politique: plusieurs cantons alémaniques ont refusé de les accueillir, cédant à la peur et à des préjugés indignes d’un pays qui se veut humanitaire.

Jacques Pilet
CultureAccès libre

Vive le journalisme tel que nous le défendons!

Pourquoi BPLT fusionne-t-il avec d’Antithèse? Pour unir les forces de deux équipes attachées au journalisme indépendant, critique, ouvert au débat. Egalement pour être plus efficaces aux plans technique et administratif. Pour conjuguer diverses formes d’expression, des articles d’un côté, des interviews vidéo de l’autre. Tout en restant fidèles à nos (...)

Jacques Pilet
Culture

Une claque aux Romands… et au journalisme international

Au moment où le Conseil fédéral tente de dissuader les cantons alémaniques d’abandonner l’apprentissage du français au primaire, ces Sages ignorants lancent un signal contraire. Il est prévu, dès 2027, de couper la modeste contribution fédérale de 4 millions à la chaîne internationale TV5Monde qui diffuse des programmes francophones, suisses (...)

Jacques Pilet
Philosophie

Notre dernière édition avant la fusion

Dès le vendredi 3 octobre, vous retrouverez les articles de «Bon pour la tête» sur un nouveau site que nous créons avec nos amis d’«Antithèse». Un nouveau site et de nouveaux contenus mais toujours la même foi dans le débat d’idées, l’indépendance d’esprit, la liberté de penser.

Bon pour la tête
Culture

A Iquitos avec Claudia Cardinale

On peut l’admirer dans «Il était une fois dans l’Ouest». On peut la trouver sublime dans le «Guépard». Mais pour moi Claudia Cardinale, décédée le 23 septembre, restera toujours attachée à la ville péruvienne où j’ai assisté, par hasard et assis près d’elle, à la présentation du film «Fitzcarraldo».

Guy Mettan
Economie

Quand les PTT ont privatisé leurs services les plus rentables

En 1998, la Confédération séparait en deux les activités des Postes, téléphones et télégraphes. La télécommunication, qui s’annonçait lucrative, était transférée à une société anonyme, Swisscom SA, tandis que le courrier physique, peu à peu délaissé, restait aux mains de l’Etat via La Poste. Il est utile de le savoir (...)

Patrick Morier-Genoud
Sciences & Technologies

Les délires d’Apertus

Cocorico! On aimerait se joindre aux clameurs admiratives qui ont accueilli le système d’intelligence artificielle des hautes écoles fédérales, à la barbe des géants américains et chinois. Mais voilà, ce site ouvert au public il y a peu est catastrophique. Chacun peut le tester. Vous vous amuserez beaucoup. Ou alors (...)

Jacques Pilet