La Suisse a détruit pour 1,3 milliard de francs de vaccins Covid inutilisés

Publié le 11 avril 2025

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Moins d’un quart des doses achetées par la Suisse durant la pandémie ont été administrées. Le reste a en grande partie été éliminé après péremption. Aujourd’hui encore, la Confédération ne donne aucune information sur les montants versés aux laboratoires américains à l’origine des vaccins. On sait toutefois que la crise du Covid a coûté à la Suisse 35 milliards de francs!

Un article publié initialement sur le site Antithèse le 6 avril 2025


Entre 2020 et 2023, la Confédération a acquis 61 millions de doses de vaccins (7 par habitant) contre le Covid-19, pour un montant total de 2,3 milliards de francs. Ces achats s’inscrivaient dans le cadre de la réponse d’urgence sanitaire, aujourd’hui largement remise en question, déployée par les autorités helvétiques.

Selon le compte d’Etat publié par l’Administration fédérale des finances (AFF), seuls 567 millions de francs de vaccins ont été utilisés par la population suisse. Un volume supplémentaire équivalant à 268 millions de francs a été expédié à l’étranger dans le cadre de l’aide humanitaire.

Le reste des stocks, d’une valeur de 1,447 milliard de francs, a été comptabilisé comme «amorti», la majorité ayant été détruite après leur date de péremption. «90% des corrections de valeur concernent des vaccins qui ont dû être éliminés après leur date de péremption», confirme Michael Girod, porte-parole de l’AFF, dans un article publié le 6 avril 2025 dans Le Matin Dimanche. Soit un total de doses d’une valeur de plus de 1,3 milliard de francs.

Des contrats opaques

Les vaccins concernés proviennent des laboratoires américains Moderna, Pfizer et Novavax. Combien d’argent la Confédération a-t-elle versé à ces trois entreprises? Aujourd’hui encore, l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) ne donne aucune information sur cette question. «Les prix payés et les conditions restent soumis à la confidentialité et ne peuvent donc pas être communiqués», indique Céline Reymond, porte-parole de l’OFSP, toujours dans Le Matin Dimanche.

Cette opacité fait l’objet de plusieurs procédures en cours devant le Tribunal administratif fédéral. Trois recours visent à forcer la publication intégrale des contrats conclus avec les fabricants. Le préposé fédéral à la protection des données et à la transparence, Adrian Lobsinger, avait déjà recommandé en 2023 que l’OFSP publie les documents «sans les noircir».

L’office ne s’y est pas conformé. Il a consenti à publier les contrats qui lient la Suisse aux pourvoyeurs de vaccins Covid. Mais les éléments probants ont été largement caviardés au nom du secret d’affaires. Les documents sont disponibles sur le site de ma consœur Amèle Debey, fondatrice de L’Impertinent.

Conflits d’intérêts

Moderna, Pfizer et Novavax sont représentées dans ces litiges par des cabinets d’avocats suisses.

Ironie de l’affaire, souligne Le Matin Dimanche: deux anciens collaborateurs du service juridique de Swissmedic, l’autorité suisse d’autorisation et de contrôle des médicaments, défendent aujourd’hui les intérêts de Novavax.

Un nouvel exemple des liens étroits, bien documentés, qui existent entre les autorités de régulation et les pharmas. Les premières comptent notamment sur les redevances versées par les entreprises pharmaceutiques pour gérer leur organisation.

La Suisse n’est pas isolée: des procédures similaires sont en cours au niveau européen.

Une crise à 35 milliards

Rappelons aussi que la crise – ou plutôt la débâcle – du Covid a coûté 35 milliards à la Confédération helvétique entre 2020 et 2023, selon un rapport interne.

Pour se rendre compte de l’ampleur de ce montant, il faut le mettre en rapport avec le budget de la Confédération qui, pour 2025, tourne autour de 86 milliards.

Le taux d’endettement de la Suisse est ainsi passé de 25,6% en 2019 à 28,2% en 2020 du PIB. Depuis, il a diminué pour s’établir à environ 27% en 2023. Ce chiffre est toutefois à mettre en parallèle avec les taux d’endettement d’autres pays occidentaux: 66% pour l’Allemagne, 111% pour la France! Sans parler des Etats-Unis, dont le taux d’endettement en pourcentage du PIB dépasse les 125%!


Lire plus d’articles sur Antithèse

L’entretien de Martin Bernard, pour Antithèse, avec Daniel Koch, «Monsieur Coronavirus» de la Confédération au début de la crise Covid.

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