«Elémentaire, mon cher Watson»

Publié le 24 septembre 2019

Sherlock Holmes et le Dr. Watson sur un portrait publié dans «The Adventure of Silver Blaze», paru dans «The Strand Magazine» en décembre 1892. – © Strand Magazine

C’est sans doute l’une des phrases les plus célèbres de la littérature. La réplique un tantinet condescendante de Sherlock Holmes au fidèle Watson est commode quand il s’agit de souligner la qualité d’un raisonnement – l’équivalent du bon vieux CQFD en quelque sorte. Seul souci: Conan Doyle ne l’a jamais écrite.

Cet article, signé Jean-Christophe Piot, a été publié sur Mediapart le 2 août 2019


Comme «Un pour tous, tous pour un» ou «C’est un peu court, jeune homme!», «Élémentaire, mon cher Watson» («Elementary, my dear Watson» en VO) fait partie de ces phrases qu’on associe instantanément à une œuvre et en l’occurrence à leurs personnages principaux, respectivement les Trois Mousquetaires, Cyrano de Bergerac et Sherlock Holmes.

Flegmatique et faussement modeste, la phrase est un parfait précipité du personnage imaginé par sir Arthur Conan Doyle en 1887. Avec la casquette de chasse à rabats, la pipe, un visage émacié et une bonne petite dose d’héroïne par-ci par-là, elle complète la panoplie du personnage.

Reste que s’il vous prend l’envie de taquiner celui qui vous la sortirait une fois de trop dans une conversation, il suffit de lui demander où il a bien pu la lire dans les quatre romans et les soixante-six nouvelles où apparaît le détective. Et là, bon courage: aussi iconique qu’elle soit, la «signature» de Sherlock Holmes n’y figure jamais, pas plus en anglais que dans les traductions françaises.

En tout cas pas sous cette forme exacte. Le passage qui s’en rapproche le plus se trouve dans un recueil de nouvelles, Les Mémoires de Sherlock Holmes, et plus précisément dans L’Homme estropié.

Alors que Holmes vient une fois de plus de faire la preuve de ses dons d’observation, Watson ne peut retenir un mouvement d’admiration: «Excellent! I cried....

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