Comment Gerhard Pfister défend les Tuileries du PDC

Bon pour la tête

Par Bon pour la tête · Publié le 21 mars 2018 · 3 min de lecture

Comment Gerhard Pfister défend les Tuileries du PDC
10 août 1792: 700 Gardes suisses s'opposent à des dizaines de milliers de Français en colère. Tous meurent au combat. - © DR

Président du PDC, Gerhard Pfister siège au comité de la «Fondation 1792». Cette appartenance fourmille de symboles pour son parti.


Kurt Marti Infosperber texte

Gian Pozzy Bon pour la tête traduction et adaptation


Avec sa famille, Louis XVI avait depuis longtemps fui sa résidence du Palais des Tuileries. Mais le 10 août 1792 les Gardes suisses défendaient le palais royal désormais vide dans un combat vide de sens, au côté de quelques aristocrates restés en arrière. Le peuple s’était amassé devant les grilles des Tuileries et revendiquait la liberté et la démocratie. Aux 700 Gardes suisses s’opposaient des dizaines de milliers de Français en colère. La situation était désespérée.

L’amour pour une monarchie décadente

N’empêche que les Gardes suisses défendirent avec acharnement la coquille vide de la monarchie, ses valeurs chrétiennes-conservatrices contre les valeurs des Lumières: liberté, égalité, fraternité. Ils payèrent de leur vie leur amour d’un Ancien Régime décadent parce qu’ils étaient agrippés au passé et ignoraient les signes du temps

La Fondation 1792 a été créée en 2005 en honneur des 700 Gardes suisses morts au combat. Avec une sensibilité remarquable pour l’histoire, le domicile de la fondation fut installé dans le demi-canton catholique d’Appenzell, celui-là même qui fut, en 1990, sommé par le Tribunal fédéral d’instituer le suffrage féminin au niveau cantonal.

Le but statutaire de la Fondation 1792 est décrit en termes de profession de foi envers la Garde suisse et donc envers la monarchie: «La fondation vise à créer et préserver un souvenir honorable des Gardes suisses tombés à Paris en 1792 au service de Louis XVI et à maintenir et promouvoir les liens anciens et amicaux entre la Suisse et la France, étroitement liés au service des Gardes suisses.»

Intrépide défense des Tuileries du PDC

Depuis avril 2016, au conseil de fondation, on voit siéger au côté du prince Charles-Emmanuel de Bauffremont le président du PDC Gerhard Pfister. Sa sympathie marquée pour la défense insensée des Tuileries abandonnées est aussi un symbole pour le PDC.

Car, comme les Gardes suisses se sont témérairement jetés dans la bataille pour défendre la coquille vide de la monarchie et ses valeurs chrétiennes-conservatrices à l’enseigne monarchique, Gerhard Pfister assume lui aussi, héroïquement, la défense de la coquille vide des Tuileries du PDC et de valeurs chrétiennes-conservatrices que, paradoxalement, il tente de renouveler avec les valeurs des Lumières imposées par le peuple français envers et contre la résistance farouche d’une Garde suisse qu’il révère.

Reste que la situation est sans issue. La dernière offensive contre les Tuileries du PDC s’est produite le 4 mars dernier à Zurich, où le peuple a chassé le PDC du gouvernement et du Parlement. La fuite du président n’est plus qu’une question de temps.

Le Grütli et Morgarten au lieu de 1848

Vu les sympathies affichées par Pfister envers les défenseurs de la monarchie, son discours du 1er août tenu en 2017 à Poschiavo (GR) apparaît en pleine lumière: à la manière de l’UDC il avait chanté les louanges du Grütli (1291) et de Morgarten (1315) comme «berceau de la Confédération actuelle». En revanche, la fondation de la Confédération en 1848 – conséquence tardive de la Révolution française – n’est mentionnée dans son discours qu’en guise de réponse à la question rhétorique: quand a-t-on enregistré en Suisse le dernier mort à la guerre?

Les «derniers morts à la guerre» tombés dans un combat insensé sont en fait les catholiques-conservateurs de la guerre du Sonderbund, donc les ancêtres de Gerhard Pfister, qui complotaient contre les Lumières, contre l’Etat de droit et contre la démocratie. Avec aussi peu de succès, heureusement, que les Gardes suisses à Paris.


L’article en allemand d’Infosperber: «Gerhard Pfisters Verteidigung der CVP-Tuilerien»

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