Bolsonaro président «grâce à la mission de Dieu»

Publié le 29 octobre 2018

La séquence pourrait faire sourire, si elle n’était pas aussi terrifiante. – © Facebook

La première intervention du président élu est un morceau d’anthologie. Il ne l’a pas réservée aux grandes télévisions, encore moins aux journaux qu’il aime pourfendre. C’est sur la page Facebook de son parti qu’il est apparu. Devant une caméra mal réglée, chez lui, à côté de sa femme et d’une interprète de la langue des signes.



Le côté amateur de cette séquence – image floue, hésitations… – ferait sourire s’il n’effrayait pas par sa teneur. Pas un mot pour son adversaire comme il est d’usage en telle circonstance, un coup de griffe au passage à la gauche. Et surtout, un message religieux. Sa victoire survient «par la mission de Dieu». Et cette phrase théologique: «Il faudra s’habituer à vivre désormais dans la vérité.» La sienne donc, celle des évangéliques qui l’ont massivement appuyé. Lui-même se dit encore catholique, ce qui ne l’a pas empêché de se rendre en Israël pour être baptisé dans les eaux du Jourdain par le pasteur Everaldo Pereira de l’ «Assemblée de Dieu», politicien lui aussi. 

Certes, une heure plus tard, Bolsonaro modérait son ton et affirmait vouloir «respecter la Constitution et la démocratie» ainsi qu’«entretenir de bonnes relations avec tous les pays». Un système institutionnel, soit dit en passant, qui lui réserve bien des difficultés et dont il sera tenté de s’extirper par la force, il ne l’a pas caché dans la campagne.

Mais ce qu’il faut retenir de ce fait historique: la déferlante évangélique joue un rôle politique crucial au Brésil depuis des années. Aujourd’hui, elle arrive sans fards au pouvoir. Dans sa dimension extrémiste. C’est une première.

Après l’islam politique qui a surgi dans le monde ces dernières décennies, il faut ajouter maintenant la victoire de l’évangélisme politique. Dans des tonalités pas si éloignées. Il y a une semaine, Bolsonaro annonçait le grand «nettoyage». Il promettait d’en finir avec «les rouges», de les condamner «à la prison ou à l’exil». Problème: pas loin de la moitié des Brésiliens a voté pour la gauche, par conviction ou par désespoir devant l’extrême-droite.

Certains, déjà, envisagent de quitter le pays avant que ne se déchaîne la chasse aux sorcières. Bientôt des réfugiés politiques brésiliens en Suisse?

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