Etre ou ne pas être suisse


Comédie alémanique pleine de verve, «Moscou aller simple!» de Micha Lewinsky revient sur la fameuse affaire des fiches qui révéla l'existence d'une surveillance délirante des citoyens suisses durant la Guerre froide. Une réussite rare de notre cinéma national, à ne pas manquer.
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Peut-on traiter avec légèreté de sujets graves? Oui, à condition de ne pas les prendre trop à la légère. C’est ce qu’est parvenu à faire Micha Lewinsky dans son quatrième film pour le grand écran, de loin le plus réussi. Sorte de maccarthysme feutré à la façon helvétique, «l’affaire des fiches» qui éclata en 1989 ne fut assurément pas vécu comme une comédie à l’époque, l’application en Suisse de certaines méthodes de surveillance anti-démocratiques apparaissant comme proprement scandaleuse. Mais il faut bien avouer qu’avec le recul, la paranoïa anti-gauchiste et le zèle ahurissant de notre police prêtent à sourire. Au point qu’on peut s’étonner que personne ne se soit attaqué plus tôt à ce sujet en or, si révélateur d’un certain esprit bien de chez nous.
Présenté en ouverture du dernier Festival de Soleure, Moscou aller simple! (Moskau einfach!) est bien le film assez consensuel auquel on pouvait s’attendre, mais il n’empêche que sa satire fait mouche et que sa leçon d’histoire reste valable. Plus qu’au précédent un peu surfait de L’Ordre divin (Die göttliche Ordnung de Petra Volpe, 2017), on pense ainsi à certains Faiseurs de Suisse (Die Schweizermacher de Rolf Lyssy, 1978) d’heureuse mémoire et même au modèle plus ancien de To be or Not to Be d’Ernst Lubitsch (1942)! Une sorte de filiation juive qui n’aura pas échappé au réalisateur, fils de l’écrivain Charles Lewinsky.
Le figurant protagoniste
Nous voici donc à l’automne 1989, quand notre police surveillait encore de manière quasi routinière des centaines de milliers de personnes soupçonnées de visées subversives. Jeune homme discret et sans attaches, Viktor Schuler (Philippe Graber) est désigné par son supérieur Marogg (Mike Müller) pour espionner au Schauspielhaus de Zurich, nid d’intellectuels gauchistes bien connu. Le moment aussi est choisi: le théâtre accueille le célèbre metteur en scène est-allemand Carl Heymann (Michael Maertens), venu y monter La Nuit des rois (Twelfth Night), une comédie de Shakespeare. Avec pour «couverture» un passé de marin de retour en Suisse après une longue absence et le nouveau nom de Walo Hubacher, Viktor décroche une place de figurant, poste d’observation idéal. Mais personne n’a compté sur le fait qu’il s’éprendrait de l’actrice Odile Lehmann (Miriam Stein), elle-même fille «indigne» d’un colonel et tôt séduite par son charismatique metteur en scène.




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