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Rencontre au sommet

Amèle Debey

Par Amèle Debey · Publié le 16 octobre 2019 · 6 min de lecture

Rencontre au sommet
Gonsar Rinpoché est aujourd'hui âgé de 70 ans. - © Bon pour la tête 2019 / Amèle Debey

Perché sur les hauts de Vevey, le centre Rabten Choeling du Mont-Pèlerin fait office de phare bouddhiste en Suisse romande depuis 1977. C’est là que le Dalaï-Lama a donné son premier enseignement public en Occident, à la fin des années 70. Mais, depuis 1996, une scission sur fond de désaccords spirituels s’est créée entre le centre d’études tibétaines et son chef spirituel en exil. D’où vient le désaveu du Dalaï-Lama? Ce dernier s’est-il progressivement éloigné de sa mission première de guide ultime? Je suis allée poser la question au «directeur» du monastère vaudois, le vénérable Gonsar Rinpoché.

Il est là. Celui dont, en tant qu’adepte de bouddhisme tibétain, j’avais tant entendu parler. Je pensais que j’aurais eu l’impression de toucher un bout de ciel himalayen, mais c’est le type le plus normal qui soit qui s’avance vers moi, avec un «hello!» jovial et encourageant.
Je m’assois face à lui, il me propose des caramels. Je règle mon portable pour filmer. On commence l’interview. J’entre dans le vif du sujet: c’est quoi cette histoire de schisme?
Mauvaise question. Enfin, j’aurais pu en poser une autre qu’il aurait donné la même réponse de 40 minutes. Il avait envie d’expliquer l’histoire depuis ses fondements.

Car voilà quelques années que Gonsar Rinpoché incarne involontairement le matelot rebelle d’un navire en pleine mutinerie. «C’est une dérive sectaire. Gonsar Rinpoché s’obstine à placer les esprits protecteurs plus haut que les valeurs essentielles du bouddhisme, le Mont-Pèlerin ne représente plus rien pour nous, nous n’y allons plus», expliquait Ten Zin Wangmo Drongshar, ancienne présidente de la communauté tibétaine de Suisse romande, dans un article du Temps datant de 1999. «Notre communauté tibétaine en Suisse n’adhère plus aux agissements sectaires de ce centre et ne le considère plus comme notre lieu spirituel», affirmait de son côté Tenzin Lhamo, présidente de la communauté tibétaine de Lausanne, à 24heures, en 2017. Selon les communiqués officiels du Dalaï-Lama, le centre s’adonne à des pratiques «qui représentent une forme dégénérée de la vie spirituelle». Ambiance.

De quoi parle-t-on?

En 1996, le Dalaï-Lama a rejeté publiquement le culte de la déité Shugden pourtant célébré depuis 400 ans. Non seulement par lui-même, mais également par ses propres maîtres, appartenant tous à l’école Gelugpa (une des quatre traditions du bouddhisme tibétain). Mais surtout par la communauté du Mont-Pèlerin, dont Shugden est la divinité protectrice. Ce «retournement de veste» a semé un chaos certain au sein de la communauté tibétaine, jusqu’à en opposer les membres les uns aux autres. Et si l’article du Temps, citant un expert américain, nous explique que «cette controverse est le reflet d’un conflit qui oppose le dalaï-lama et son approche éclectique du rituel aux éléments conservateurs de la tradition Gelugpa, qui rejettent tout emprunt à d’autres écoles», Gonsar Rinpoché a une toute autre version.

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