Mais qui donc a lancé le référendum contre l’espionnage des assurés?

Publié le 18 mai 2018

© Bon pour la tête 2018 / capture d’écran, site du référundum contre la loi sur l’espionnage des assurés

La loi approuvée par le Parlement au pas de charge et dans une grande discrétion permet aux assurances d’espionner leurs bénéficiaires avec des moyens dont même la police ne dispose pas, sans l’accord d’un juge, pour traquer les terroristes. Il sera possible d’envoyer des détectives privés pour surveiller les rentiers AI, écouter leurs téléphones, contrôler leurs déplacements à l’aide de GPS… et de drones! Qui a lancé le référendum contre ce texte qui viole allégrement la sacro-sainte sphère privée que l’on brandit pour défendre le secret bancaire? La gauche? Nenni. Les jeunes libéraux qui refusent toute limitation de surfer sur les sites de jeux? Pas du tout. Une femme. Seule au début.

Sybille
Berg est née à Weimar, en RDA. Elle était marionnettiste mais a perdu son job
après un interrogatoire de la Stasi qui avait appris son désir de passer à l’ouest.
Ce qu’elle parvint à faire. Elle pratiqua alors à-peu-près tous les métiers
possibles, suivit les cours de Dimitri au Tessin et s’établit finalement à Zürich
et obtint la nationalité suisse. Elle avait trouvé sa voie: l’écriture.
Auteure de nombreux romans, elle décrit la société allemande d’hier d’aujourd’hui
avec une vivacité acide qui a séduit le public. Six de ses livres sont traduits
en français. Le dernier en date: «Merci bien pour la vie» (Actes
Sud), la pérégrination d’un personnage incertain, assez loufoque, entre l’enfance
est-allemande et Paris en 2030.

La
romancière a la plume fébrile. Elle écrit dans plusieurs titres, dont
Spiegel-online
et le site suisse-allemand Republik. Avec une liberté de pensée
et de ton décoiffante. Ses coups de griffes et ses coups de cœur n’épargnent
personne. Lorsqu’elle prit connaissance de la loi sur l’espionnage des assurés,
elle pensa aux méthodes de la Stasi. Et décida d’agir. Par un simple tweet. Trois
heures plus tard, elle avait trouvé au moins deux complices pour passer la
vitesse supérieure. Dimitri Rougy, militant socialiste à Interlaken de 21 ans.
Et Hernani Marques, animateur d’un Chaos Computer Club (!). Ils s’adressèrent
à l’avocat zurichois Philip Stolkin, expert des questions de droits de l’homme,

Ce contenu est réservé aux abonnés

En vous abonnant, vous soutenez un média indépendant, sans publicité ni sponsor, qui refuse les récits simplistes et les oppositions binaires.

Vous accédez à du contenu exclusif :

  • Articles hebdomadaires pour décrypter l’actualité autrement

  • Masterclass approfondies avec des intervenants de haut niveau

  • Conférences en ligne thématiques, en direct ou en replay

  • Séances de questions-réponses avec les invités de nos entretiens

  • Et bien plus encore… 

Déjà abonné ? Se connecter

Commentaires

Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

À lire aussi

Politique, Société

«Les Suisses sont de plus en plus fainéants!»

Cette chronique humoristique met en scène les tragi-comiques péripéties des Schinken Pochon, une famille bien suisse. Ses membres réagissent diversement à l’actualité, en fonction de leurs convictions et de leurs névroses — l’un allant rarement sans l’autre. Dans cet épisode, c’est Nadège Pochon, la mère, qui prend la parole.

Patrick Morier-Genoud
Politique

La Suisse ferme la porte aux déserteurs ukrainiens

Cette décision du Conseil fédéral obéit à deux raisons. L’alignement sur une disposition semblable de l’UE. Et le souci de voir toujours plus nombreux les soldats d’Ukraine sortir des rangs et tenter leur chance à l’étranger. Jamais dans l’histoire des guerres modernes une telle proportion de défections n’a été constatée. (...)

Jacques Pilet
Politique

Ceuta, le mirage mortel

En une nuit de juillet 2026, soixante-dix mille jeunes Marocains ont tenté de franchir à la nage, ou en escaladant un grillage, la frontière qui sépare le Maroc de Ceuta, enclave espagnole au Maghreb. Une rumeur virale, un chômage endémique et l’instrumentalisation politique du drame par l’extrême droite européenne racontent, (...)

Sid Ahmed Hammouche
Politique

Derrière le mot neutralité

Nous voilà submergés d’arguments pour ou contre l’initiative soumise au peuple le 27 septembre. Et si l’on s’interrogeait sur la nature même de ce mot, la neutralité. Ce n’est pas un principe philosophique, c’est un comportement individuel ou collectif face à une situation de conflit. Pas seulement une guerre, parfois (...)

Jacques Pilet
Politique, Histoire

«Immorale», «myope», «indifférente»: le vieux procès de la neutralité suisse

La neutralité helvétique est aujourd’hui au cœur de nombreux débats. J’en rappelais quelques enjeux dans mon article de la semaine dernière. Prenons maintenant un peu de hauteur historique pour rappeler que la Suisse n’a pas toujours été un îlot de paix au cœur de l’Europe. Et qu’il existe des précédents (...)

Martin Bernard
Politique, Histoire

Quand la Suisse a laissé filer le financier présumé du génocide au Rwanda

Accusé d’avoir joué un rôle majeur dans le génocide des Tutsi au Rwanda, Félicien Kabuga a séjourné en Suisse en 1994. Par manque de courage, les autorités helvétiques, pourtant alertées à plusieurs reprises, ont choisi de l’expulser plutôt que de tenter de le poursuivre en justice. Une décision politique dont (...)

Anne Emery-Torracinta
PolitiqueAccès libre

Non, défendre la neutralité suisse ne fait pas de vous un agent du Kremlin

Alors que la votation du 27 septembre prochain sur l’initiative «Sauvegarder la neutralité suisse» approche, une offensive médiatique et politique se déploie pour assimiler ses défenseurs à des relais du Kremlin. L’image IA diffusée par l’élu suisse Philippe Nantermod (PLR) montrant Poutine embrasser la Suisse en est l’illustration. Derrière la (...)

Martin Bernard
Politique

L’alliance militaire Suisse-Israël

Le chef de l’armement, Urs Loher, s’est rendu en Israël, les 13 et 14 juillet dernier, pour resserrer encore les liens entre les entreprises militaires des deux pays. En Europe, il n’y a que l’Allemagne et la Roumanie qui entretiennent avec l’Etat hébreu des collaborations de nature aussi intense. La (...)

Jacques Pilet
Histoire

Quand la Suisse soutenait les génocidaires du Rwanda

Le récent livre de Anne Emery-Torracinta éclaire un sombre chapitre de la coopération suisse. Et ses causes aussi, comme l’aveuglement de la Direction du développement et de la coopération (DDC) qui, aujourd’hui encore, fonctionne comme un Etat dans l’Etat, enfermée dans sa logique, sans guère considérer les enjeux politiques. Question (...)

Jacques Pilet
EconomieAccès libre

A son tour, l’UBS s’en prend à l’AVS

Lors de la session d’été, le Parlement a refusé de financer de manière raisonnable la 13e rente AVS. C’est maintenant au tour du géant bancaire de passer à l’attaque en proposant une refonte radicale du système de prévoyance vieillesse en Suisse. Les bénéficiaires de ce remaniement? Le secteur financier, y (...)

Marco Diener
Politique

L’affaire Abunimah ou la faillite de l’Etat de droit suisse

En 2025, Ali Abunimah, un journaliste palestino-américain, était arrêté à Zurich. Enfermé pendant trois jours, il a été expulsé, menotté. Depuis, la Confédération, désavouée par les tribunaux, a reconnu ses torts. Mais elle continue d’esquiver la question centrale: sur ordre de qui Abunimah a-t-il été arrêté? Quels conflits d’intérêts ou (...)

Laurent Desaison
Politique

Service de renseignement ou de propagande?

Le récent rapport présenté par Serge Bavaud, chef du Service de renseignement de la Confédération depuis novembre 2025, sonne l’alarme: la Russie mène une «guerre hybride» contre la Suisse. Le but est évident: inquiéter la population afin qu’elle accepte l’incessante augmentation des crédits militaires.

Jacques Pilet
Politique

Justice et politique, l’opaque méli-mélo

La Suisse fait volontiers la morale au monde entier. La leçon de démocratie commence par la séparation des pouvoirs et l’indépendance des juges. Fort bien. Mais chez elle, qu’en est-il? Le coup d’œil est troublant.

Jacques Pilet
PolitiqueAccès libre

La Suisse fracturée?

C’est en tout cas ce que redoute Thomas Aeschi, chef du groupe parlementaire UDC au Conseil national. Il lance un cri d’alarme après le rejet de l’initiative sur la Suisse à dix millions qu’il avait concoctée avec ses amis il y a quatre ans.

Jacques Pilet
Politique

La mise en spectacle du monde et ses trompe-l’œil

De tout temps, les puissants ont usé de leur image et de leur verbe pour s’affirmer. Dans des mises en scène cadrées, contrôlées. Mais avec la technologie d’aujourd’hui, la fiction devient envahissante. Le G7 d’Evian, qui n’a rien produit de concret, ne fut qu’un show orchestré. Scruté aussi par une (...)

Jacques Pilet
Politique, Sciences & Technologies

Les grandes oreilles d’Elon Musk pourraient espionner l’Europe depuis la Suisse

A Loèche, en Valais, l’installation de 40 antennes Starlink relance les inquiétudes autour de la souveraineté numérique suisse. Derrière ce projet porté par SpaceX se profile la question de l’accès des autorités américaines aux données transitant par le sol helvétique. Entre soupçons d’anciennes collaborations avec la NSA et extraterritorialité du (...)

Martin Bernard