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La fin du sionisme en direct

Par David Laufer · Publié le 5 septembre 2025 · 7 min de lecture

La fin du sionisme en direct
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La guerre totale menée par Israël au nom du sionisme semble incompréhensible tant elle délaisse le champ de la stratégie politique et militaire pour des conceptions mystiques et psychologiques. C’est une guerre sans fin possible, dont l’échec programmé est intrinsèque à ses objectifs.

Sommaire

En imaginant que la France soit impliquée dans une guerre traditionnelle et qu’elle la perde, que se passerait-il? Peut-être souffrirait-elle une occupation momentanée, une ruine économique plus certainement. A part cela, la France resterait la France, dans ses frontières ou à peu près. Les Etats-Unis ont perdu de façon humiliante toutes les guerres qu’ils ont déclenchées depuis la première guerre du Golfe et, aux dernières nouvelles, ils sont encore les Etats-Unis. Il existe toutefois un état pour lequel l’équation ne se pose pas dans ces termes: Israël. C’est le premier élément de sa doctrine militaire: Israël ne peut pas se permettre de perdre une seule guerre.
Ce que cette doctrine n’explicite pas, c’est sa raison d’être, car elle est évidente pour tous les Israéliens. Les citoyens de l’Etat hébreu sont tous conscients que, dans le cas où Israël perdait une seule guerre, sa survie physique en tant que pays serait menacée. Israël est une bouture euro-américaine au Proche-Orient majoritairement arabe – les juifs ne représentaient en 1948 que 30 % de la population de la Palestine mandataire. Cela explique que l’Etat hébreu est en guerre plus ou moins ouverte depuis le premier jour de son indépendance et sujet à des troubles internes violents et continuels. Ainsi cette doctrine reste-t-elle en suspens et sous-entend sa conclusion au lieu de l’expliciter, presque par superstition. Car dire tout haut «sinon nous disparaîtrons en tant qu’Etat» est simplement ineffable.

Une victoire aussi définitive qu’impossible

Cette condition de survie est en elle-même un oxymore. Imaginez un homme qui ne pourrait pas se permettre de tomber une seule fois malade. C’est pourtant sur cette doctrine que repose, non pas seulement l’armée israélienne, mais le projet sioniste tout entier. Or nous y voilà. Gaza n’est plus qu’un champ de ruines, le Hamas a été lourdement touché et a perdu une bonne partie de ses chefs, comme le Hezbollah, et les capacités nucléaires iraniennes ont été vaporisées. Pour le gouvernement de tout autre pays, cela devrait constituer une victoire. Pourtant, Israël n’a pas encore crié victoire et continue de mener cette guerre ruineuse et meurtrière, pour des raisons qui peuvent paraître mystérieuses.
Cette victoire définitive que cherche Israël est comme l’horizon qui s’éloigne à mesure que l’on s’en approche. Les événements du 7 octobre 2023 ont créé un tel choc collectif que «ne pas pouvoir perdre une seule guerre» signifie d’abord ne jamais plus avoir à en mener une. Répondre à 1200 victimes par plus de 60 000, entièrement raser et peut-être même occuper tout un pays, bloquer l’aide humanitaire destinée aux habitants de celui-ci, rien de cela n’est rationnel ou stratégique. Il faut bien se représenter que le 7 octobre constitue une négation de tout ce qu’Israël promettait à ses citoyens: la protection absolue, la réduction à l’insignifiance de ses ennemis, la sécurité complète de ses frontières, la supériorité militaire sans discussion. En quelques heures, tout s’est effondré, ses citoyens ne sont pas en sécurité, les frontières sont poreuses, la puissance nucléaire ne sert à rien. Et tout cela implique une possibilité terrifiante: Israël peut perdre une guerre.

L’inéluctable défaite

Ainsi le but de guerre du gouvernement israélien n’est pas de raser et d’occuper Gaza et la Cisjordanie. Selon une majorité – décroissante – de la population israélienne, le but final de la guerre en cours est d’éliminer toutes les possibilités d’une guerre future et, derrière cela, l’éventualité même d’en perdre une. Par conséquent il faut en liquider toutes les causes possibles, tous les ennemis réels ou imaginaires, toute forme de menace externe ou interne. C’est donc une guerre qui délaisse le champ de la stratégie politique et militaire pour des conceptions mystiques et psychologiques. Cette guerre n’a pas de fin possible. Une guerre sans fin ne peut être gagnée, elle ne peut donc être que perdue. Et comme cette guerre est en cours, elle est déjà perdue.
Derrière cette défaite inéluctable, il y en a une autre aux retombées incalculables. Car si Israël est en train de perdre sa première et, par conséquent, sa dernière guerre, c’est tout le projet sioniste qui menace de s’effondrer, ou qui est déjà en cours d’effondrement.

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