La chasse aux sorcières est ouverte en Pologne

Publié le 2 juin 2023

Rencontre entre le président polonais Andrzej Duda et Volodymyr Zelensky le 22 mai 2022 à Kyiv. – © president.gov.ua / source officielle

La loi que vient d’adopter le Parlement polonais, aussitôt signée et mise en œuvre par le président Duda, est originale. Elle constitue une «commission» chargée de chercher et réprimer les éventuel porteurs d’une «influence russe» de 2017 à 2022. Une chasse rétrospective donc. Même Erdogan n’a jamais songé à poursuivre d’éventuels opposants avec un tel recul historique!

L’évènement, c’en est un, a fait peu de bruit à l’ouest de l’Europe. Par souci sans doute de ne pas trop critiquer un allié si actif dans la croisade occidentale face à l’agression de la Russie en Ukraine. Il a été surtout mentionné que la manœuvre visait à éliminer de la course électorale de cet automne l’une des principales figures de l’opposition, Donald Tusk, l’ex-Premier ministre (de 2007 à 2014), ex-président du Conseil européen (de 2014 à 2019). Ce dernier est sans cesse attaqué par le parti au pouvoir (PiS) qui l’accuse notamment d’avoir négocié des accords de livraisons pétrolières jugées trop favorables à Moscou.

Reproche piquant si l’on songe que le gouvernement actuel a fait de même toutes ces dernières années… et jusqu’à aujourd’hui divers produits pétroliers russes parviennent à la Pologne via l’Ukraine. L’offensive politicienne est évidente et le parti de la droite européenne, le PPE, dont Tusk faisait partie s’en est bruyamment ému à Bruxelles. Mais la loi «rétrospective» va bien au-delà. Elle permet à la «commission» d’examiner non seulement les actes mais tous les propos tenus depuis quinze ans par les personnalités publiques, les enseignants et les journalistes. Toute personne qui a eu un discours public favorable ou simplement conciliant ou compréhensif à l’égard de la Russie peut être convoquée et sommée de s’expliquer. Ne pas s’y rendre est puni d’une amende d’environ 5’000 euros, renouvelable.

Si la «faute» est établie, le gouvernement peut décréter une période de non-éligibilité, de privation de poste,...

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