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Non, ce monde n’est vraiment pas pour nous autres enfants de chœur…

Jean-Louis Kuffer

Par Jean-Louis Kuffer · Publié le 31 mars 2023 · 7 min de lecture

Non, ce monde n’est vraiment pas pour nous autres enfants de chœur…
Des soldats se détournent d'une explosion atomique lors d'essais dans le désert du Nevada, le 15 avril 1955. - © National Nuclear Security Administration / Nevada Site Office

Après «La Route» apocalyptique et autres romans d’une noirceur éblouissante, Cormac McCarthy nous entraîne, avec «Le Passager», au bout de la nuit du XXème siècle, dans la foulée d’un solitaire pleurant l’amour de sa vie, son double féminin aux cheveux d’or...

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Y a-t-il une vie après la mort, se demandent les présumés vivants qui traversent le désert encombré de ruines des lendemains de l’hiver nucléaire, dans La Route, mais la question que se pose Alicia est plutôt: y a-t-il une vie avant la mort? Et le paradoxe est applaudi à grandes nageoires par le Thalidomide Kid faisant les cent pas autour de son lit de schizo géniale, nabot chauve qui l’assomme de ses visites fantasmagoriques, qu’elle repousse aussi fraîchement qu’il la tarabuste à n’en plus finir, mais «rien à foutre, bordel de merde», pour le dire comme cet affreux-jojo sorti des coulisses du théâtre de marionnettes du psychisme humanoïde, à devenir fou si cela vous a été épargné jusque-là…

Or Alicia tient bon, même après sa mort constituant l’ouverture lyrique hivernale et comme auréolée par la magie de Noël: «Il avait un peu neigé dans la nuit et ses cheveux gelés étaient d’or et de cristal et ses yeux glacés durs comme de la pierre. Une de ses bottes jaunes avait glissé et se dressait dans la neige en dessous d’elle. Son manteau se dessinait saupoudré de neige là où elle l’avait abandonné et elle ne portait plus qu’une robe blanche et elle pendait parmi les arbres de l’hiver, poteaux nus et gris, la tête inclinée et les paumes légèrement ouvertes comme ces statues œcuméniques qui réclament par leur attitude qu’on prenne en compte leur histoire. Qu’on prenne en compte les fondations du monde qui puise son essence dans le chagrin de ses créatures.» 

De fait, Alicia, même défunte, reste infiniment présente dans le chagrin de son frère Bobby Western, protagoniste de ce premier élément d’un diptyque dont le second, Stella Maris, paraîtra cet automne…

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