«Comment on m’a jeté en prison». Entretien avec le président péruvien Pedro Castillo et son avocat


Fin décembre, j’ai été mis en été contact avec l’ONG Red Nacional de Derechos Humanos basée à Caracas et Madrid pour réaliser une interview avec le président élu péruvien Pedro Castillo, emprisonné depuis le 7 décembre. M. Castillo étant privé d’accès aux médias, nous avons réalisé cet entretien par l’intermédiaire de son avocat, M. Wilfredo Robles. Voici les réponses qu’il nous a fait parvenir lundi 23 janvier.
BPLT: Le public européen connait mal la situation au Pérou et ignore ce qui a amené à la crise du 7 décembre. Pouvez-vous expliquer comment, de votre point de vue, on est arrivé à cette crise? Je pense en particulier aux difficultés qui ont suivi les élections pour constituer un gouvernement viable, aux tensions au sein du Parlement et au jeu trouble de l’opposition de droite.
Wilfredo Robles: La crise au Pérou ne date pas d’aujourd’hui. C’est une situation structurelle. Le pays a vécu sous une forme de dictature jusqu’à l’an 2000, avec un système étatique oppressif qui remonte à la présidence d’Alberto Fujimori et à la Constitution qu’il avait ajustée à ses intérêts pour se perpétuer au gouvernement en 1992. Après la destitution du dictateur Fujimori, les partis politiques de la gauche modérée et de la droite ont cohabité au pouvoir, avec des discours différents mais avec le même objectif pratique: conserver le pouvoir.
En 2016, la crise politique s’est aggravée avec un conflit entre les pouvoirs législatif et exécutif, qui a mis au jour divers cas de corruption et provoqué une instabilité avec la succession de six Présidents en six ans. Actuellement, le Congrès (Parlement) est rejeté par 90% des Péruviens selon différents sondeurs. Le meilleur reflet de cet état d’esprit est la rue, où les gens sont descendus pour demander la démission de la présidente Dina Boluarte, la démission du Congrès et la libération du président constitutionnel Pedro Castillo.




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