Faut-il réduire la taille de l’économie pour résoudre les problèmes écologiques et sociaux? C’est ce que défendent toujours plus d’auteurs et universitaires «décroissants» dans le monde entier. En Suisse, une association baptisée «Degrowth Switzerland» vise à repenser la qualité de vie indépendamment de la production et de la consommation de biens, en replaçant le bien-être humain et l’environnement au cœur des priorités. L’idée progresse aussi dans la société civile.
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En France, en 2019, le Grand Débat national lancé dans le cadre du mouvement des Gilets jaunes a fait la part belle à ce concept. Quelque 540 contributions ont utilisé le mot «décroissance» dans leur titre. La Convention citoyenne pour le climat a elle aussi «fait le choix de la décroissance», selon Le Point. Plongée au cœur des grandes idées de ce mouvement.
«Décroissance». Ce concept est de plus en plus mentionné dans le débat public depuis le début des années 2000. Il est aussi sujet à de vives polémiques. Pour le Président Macron décroître signifierait retourner à un mode de vie «Amish», du nom de ces communautés originaires de Suisse refusant toute modernité et vivant recluses. Pour le ministre français de l’Economie Bruno Le Maire, avec la décroissance il y aurait «moins de richesse» et donc «plus de pauvres». Plus près de chez nous, Bertrand Piccard fustige aussi cette idée sous prétexte qu’elle imposerait aux populations «des sacrifices en termes de confort, de mobilité ou de niveau de vie». Qu’en est-il vraiment? Dans son dernier livre1, l’économiste français Timothée Parrique répond sans ambages: ces affirmations à l’emporte-pièce relèvent de la mauvaise foi, voire de la propagande. Elles ne permettent en tout cas pas d’appréhender toute la complexité d’une idée qui occupe désormais des dizaines de chercheurs à travers le monde. Il est donc grand temps de s’y intéresser sérieusement.
Une critique du PIB
La pensée décroissante repose d’abord sur une critique fondamentale du PIB (Produit Intérieur Brut), censé mesurer la «croissance» économique des nations. L’ancêtre de cet indicateur a été inventé dans les années 1930 aux Etats-Unis par l’économiste Simon Kuznets. Alors que le pays traverse la pire récession de son histoire, le mandat de Kuznets est d’élaborer une sorte de tensiomètre permettant de prendre le pouls de l’économie nationale dans son ensemble. L’outil est utile, car il permet alors d’évaluer l’efficacité des interventions publiques dans un contexte de crise. Mais le PIB n’a jamais été pensé pour être l’indicateur d’un pays en «bonne santé». En 1953, les Nations unies en généralisent pourtant l’usage en édictant les premières normes internationales de comptabilité.






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