La gauche et les Verts pour la guerre

Guy Mettan

Par Guy Mettan · Publié le 20 mai 2022 · 3 min de lecture

La gauche et les Verts pour la guerre
Ignazio Cassis assiste à l'adresse du président Zelensky au peuple suisse, le 19 mars dernier à Berne. - Capture d'écran RTS 19h30

Les guerres ont au moins un avantage, celui de clarifier les positions des uns et des autres. La guerre en Ukraine n’échappe pas à la règle. Sauf qu’on assiste à des retournements de veste pour le moins étonnants. Au nom des «valeurs» bien sûr.

Au centre-droit, le PLR et l’ex-PDC devenu le Centre rivalisent d’esprit va-t-en guerre tout en essayant d’étouffer leurs scrupules. Fin février, ils n’ont pas hésité à sacrifier deux cents ans de neutralité en moins de 72 heures. Leurs présidents redoublent de sévérité sur l’application des sanctions contre les oligarques russes et préconisent de se rapprocher encore davantage de l’OTAN (bien que nous en soyons membre de facto au titre du Partenariat pour la paix) voire, de vendre des armes à un pays co-belligérant, l’Allemagne. Ils hésitent encore à brader l’état de droit en foulant aux pieds la propriété privée par l’expropriation des avoirs russes dans les banques. Ce serait un mauvais signal pour les dépositaires de fonds qui pourraient voir leurs biens confisqués à la première incartade. Mais on sent qu’ils en brûlent d’envie. Curieusement, le parti le moins militariste et le moins belliciste de tous, alors qu’il a toujours défendu l’armée et les valeurs suisses, est l’UDC, pourtant le plus à droite des partis gouvernementaux.

Mais la plus grande surprise dans cette trahison des valeurs de paix, de bons offices, de modération, d’impartialité, de prudence en matière d’aventurisme belliqueux est venue de la gauche et des Verts, dont on avait pu croire jusqu’ici que le pacifisme coulait dans leurs veines. On se souvient encore de leurs grandes envolées pour la paix durant la crise des euromissiles dans les années 1980 ou, plus récemment, lors des manifs arc-en-ciel contre l’invasion unilatérale de l’Irak par les Etats-Unis en 2003.

Finie l’illusion pacifiste! En Suisse, les troupes du tandem socialiste Meyer-Wermuth et celles du Vert Balthasar Glättli ont été priées de s’aligner propre en ordre, le doigt sur la couture du pantalon et sans discuter, en faveur du camp ukrainien au mépris non seulement du pacifisme revendiqué de ces partis, mais des fondements mêmes de leurs engagements écologiques. En Allemagne, on en avait déjà eu un avant-goût lorsque le très Vert ministre des Affaires étrangères Joshka Fischer avait applaudi le bombardement illégal de la Serbie par l’OTAN en 1999 avant de se convertir tout à fait à l’atlantisme aux côtés de la secrétaire d’Etat américaine Madeleine Albright. 

Aujourd’hui, c’est sa successeure Annalena Baerbock qui est devenue l’égérie des livraisons d’armes à l’Ukraine et la championne des sanctions antirusses, quitte à trahir les promesses des dernières élections, lorsqu’il s’agissait de cajoler dans le sens du poil une jeunesse très inquiète du réchauffement climatique. Adieu le gaz naturel russe, vive le gaz de schiste américain extrait à grands renforts de technologies désastreuses pour l’environnement et transporté à grands frais à travers l’Atlantique. A bas le pétrole russe tout proche et vive le pétrole des supertankers en provenance du lointain Moyen-Orient. On n’avait jamais vu pareils revirements en si peu de temps.

Et sans doute n’est-ce pas fini. Quand les citoyens se plaindront de la cherté de la vie, du prix du chauffage et des pénuries d’électricité, ces preux chevaliers du climat et de la biodiversité chanteront sans doute les vertus du nucléaire…

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