L’avenir apocalyptique des médias. Vraiment?

Publié le 11 février 2021

Sur la base d’une documentation considérable, l’auteur prolixe dessine, d’une plume alerte, l’histoire longue de la transmission des messages. – © DR

Le titre est attrayant: «Histoires des médias. Des signaux de fumée aux réseaux sociaux, et après». Attali nous apprend moultes choses sur les rouages de l’information à travers les âges, des plus rudimentaires aux plus sophistiqués. Il réfléchit au paysage d’aujourd’hui qui l’inquiète. Mais il devient catastrophiste quand il imagine l’avenir. A tort ou à raison? Ou les deux?

Sur la base d’une documentation considérable, l’auteur prolixe dessine, d’une plume alerte, l’histoire longue de la transmission des messages. C’est passionnant. Ne citons que la piquante invention des marchands vénitiens qui correspondaient entre eux à travers l’Europe dès le XIVème siècle et qui se mirent à vendre à des correspondants privilégiés leurs lettres d’information, les «avvisi», les newsletters de l’époque. Ce qui valut d’ailleurs souvent à leurs auteurs la redoutable colère des princes et papes que gênaient telle ou telle nouvelle. En 1570 Pie V rappelle aux «novellanti» qu’il leur est interdit de critiquer l’Eglise et fait exécuter peu après un certain Niccolo Franco, plumitif un brin trop critique. La révolution de l’imprimerie bouleverse la communication. La propagande religieuse et politique déferle, plus que l’information. Et c’est là une constante d’hier à aujourd’hui: les puissants décident ce que le peuple a le droit de savoir. Le combat pour la pensée libre sur papier commence aux Pays-Bas, puis en Grande-Bretagne, puis aux Etats-Unis. Et se prolonge ailleurs. Contre vents et marées. Mais il faut admettre que nulle part la liberté de presse n’a vraiment fait l’histoire, même dans le foisonnement des opinions. Les dictateurs ont toujours su la museler à temps. En revanche, les journaux ont fait naître des fortunes partout en Europe. Plusieurs titres français, avant 1914, tiraient à plus d’un million d’exemplaires.

La presse a bien résisté à la concurrence de la radio et de la télévision. Elle fut ensuite blessée, souvent à mort, par internet les...

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