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Un Suisse au Panthéon: Jean-Frédéric Perregaux (1744-1808), banquier et arriviste

Lise Favre

Par Lise Favre · Publié le 2 décembre 2020 · 6 min de lecture

Un Suisse au Panthéon: Jean-Frédéric Perregaux (1744-1808), banquier et arriviste
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Le 11 novembre, le Panthéon a accueilli les cendres du romancier Maurice Genevoix. Ceux qui ont eu la curiosité de consulter la liste des défunts inhumés dans ce mausolée républicain auront été surpris de constater qu’il abrite un Neuchâtelois, le banquier Jean-Frédéric Perregaux. Son parcours de vie justifie-t-il qu’il ait les honneurs du Panthéon? On peut en douter mais personne n’a encore demandé qu’il en soit exclu. Il faut dire, par exemple, qu’il ne semble pas avoir eu le même niveau d’implication que son compatriote de Pury dans le commerce triangulaire.

Jean-Frédéric Perregaux, né à Neuchâtel en 1744, a très tôt quitté son pays pour apprendre la finance à Mulhouse, à Amsterdam, puis à Londres. En 1765 (il a 21 ans), on le retrouve à Paris où il est commis de banque avant d’entrer au service du banquier genevois Jacques Necker, qui deviendra bientôt ministre de Louis XVI après avoir fait fortune.

Quinze ans plus tard, Perregaux, qui a fait du chemin, crée sa propre banque à Paris en s’associant à un Vaudois, Isaac Panchaud. L’établissement prospère et jouit d’une clientèle huppée et internationale. Celle-ci comprend de nombreux Britanniques, des membres de la noblesse française aussi. Madame de Staël, fille de Necker, confie ses fonds à l’ancien collaborateur de son père. Le banquier mène grand train, fréquente une société mêlée, entretient quelques jeunes femmes peu farouches.

Le double jeu de Perregaux

Lorsque la Révolution éclate, Perregaux s’implique juste assez pour ne pas devenir suspect. Il s’inscrit à la Garde nationale, quitte à se faire remplacer dans les tours de garde. Il fait partie du comité des finances de l’Assemblée constituante. Il spécule sur les blés et transfère pour le compte des émigrés des fonds importants auprès de ses différents correspondants à l’étranger, moyennant finances bien entendu. Il entretient une correspondance discrète et suivie avec Lord Auckland, secrétaire d’Etat au commerce britannique et opposant farouche à la Révolution française, et l’informe en détail sur la situation en France. Il ne se contente pas de jouer les agents de renseignement, mais distribue des fonds provenant du gouvernement britannique aux fractions les plus extrémistes des révolutionnaires, connus sous le nom d’Exagérés ou Hébertistes, du nom de leur principal meneur. Le but de la manœuvre était évidemment de créer des conditions de désordre et d’instabilité politique telles qu’elles rendraient possible, à terme, le retour des Bourbons.

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