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Hôtel Europe

Publié le 25 septembre 2019 · 5 min de lecture

Hôtel Europe
L’Hôtel Victoria à Glion, carte postale ancienne. - © Coll.part.

On le sait, il n’y a pas de hasard, il y a seulement des rencontres. La scène se passe lors du festival Lire à Lausanne le 31 août dernier. Nous sommes quelques auteurs de la rentrée littéraire assis côte à côte dans l’attente du chaland. Mes deux voisins évoquent leur livre. «De quoi parle votre roman? – L’histoire se passe au début du XXe siècle dans un hôtel au-dessus de Montreux. Et le vôtre? – Il se déroule durant la Seconde Guerre mondiale, aussi dans un hôtel au-dessus de Montreux. – Ce ne serait pas l’Hôtel Victoria, à Glion? – Mais oui!»

Sommaire

Ces deux auteurs se nomment Jacques Pilet et Roland Buti; leurs romans, Hôtel Belvédère et Grand National. S’ils ne constituent pas à proprement parler une suite, même fortuite, ils ont pour arrière-fond l’histoire troublée de l’Europe à deux moments-clés du XXe siècle, mais perçue comme en échos, par ricochets en quelque sorte. Depuis cet œil du cyclone que représente alors la Suisse, îlot miraculeusement préservé au milieu de la conflagration générale. 

Hôtel Belvédère s’ouvre au moment du déclenchement de la Première Guerre mondiale. Des clients se décommandent, d’autres font leurs bagages au grand désespoir du directeur de l’établissement, Gian Caviezel, un Grison romanche. L’une des figures attachantes du roman avec Tatiana et Jules, le véritable héros du livre. Fils de paysan, mais n’ayant guère de goût pour les travaux de la ferme, le jeune homme, qui livre des fruits à l’hôtel, aspire à autre chose. Il aime lire et fréquente en secret la Librairie internationale de Montreux tenue par un Ukrainien, proche des Bolchéviques, qui lui confie de menues tâches. C’est là qu’il rencontre Tatiana. Etudiante en médecine à Genève,«elle ne ressemblait en rien aux dames qu’il croisait sur la Grande Rue. Pas de blouse à dentelles, pas de corset serré à la taille, pas de chaussures à talons, même pas de chignon. Tatiana avait les cheveux courts et fumait en compagnie de l’Ukrainien avec qui elle tenait de longues palabres en russe.» C’est la jeune femme bien sûr qui va déniaiser Jules. 

Durant un temps, le jeune Vaudois va travailler à l’hôtel comme veilleur de nuit. Mais la guerre se fait sentir jusqu’en Suisse où des soldats blessés des deux camps trouvent refuge. Caviezel, le directeur du Belvédère, obtient qu’Emile, son comptable français qui a perdu une jambe sur le front, puisse se faire soigner à Glion. Lui et Jules deviennent bien vite amis. Emile l’aide à préparer un concours pour devenir à son tour comptable. Après diverses péripéties, le Vaudois finit par embarquer à Marseille. On le retrouvera, bien plus tard, pendant la Seconde Guerre mondiale, employé de la Compagnie françaises d’Afrique occidentale en Haute-Volta où, affaibli par la maladie, il décèdera.

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Jacques Pilet