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Lire «Vivre», de Boualem Sansal, participe de sa libération

Jean-Louis Kuffer

Par Jean-Louis Kuffer · Publié le 6 décembre 2024 · 12 min de lecture

Lire «Vivre», de Boualem Sansal, participe de sa libération
Boualem Sansal. - © DR

L’arrestation du grand écrivain algérien, le 16 novembre dernier à Alger, relève à la fois de l’infamie et de la logique d’Etat, s’agissant d’un opposant déclaré plus virulent même qu’un Salman Rushdie. Mais comment enfermer ses livres? Et que pèsent les décisions de mafieux gouvernementaux dans la balance des destinées universelles? Ces questions sont abordées, avec faconde et malice, dans le dernier roman du plus voltairien des auteurs contemporains.

Sommaire

Comment Boualem Sansal se porte-t-il ce matin? Que ressent-il dans sa cellule ou sa chambre de la section pénitentiaire de l’hôpital algérois où il se trouve confiné à ce qu’on sait? Est-il vrai qu’il aurait apprécié le fait de ne pas être maltraité? Est-il vrai qu’il aurait affirmé ces derniers temps qu’il en avait assez de vivre? Et que voit-il par la fenêtre, si tant est que les murs qui l’enferment soient pourvus de la moindre ouverture? S’inquiète-t-il de son sort autant que ses proches, amis et lecteurs, ou prend-il les choses avec détachement, comme l’écrivain-visionnaire, à la fin de Vivre, son dernier roman, incite ses lecteurs à considérer les choses à distance: l’univers incommensurable en général et notre destinée personnelle en particulier ?

Telles étaient les questions confuses que je me posais ce matin, après avoir achevé hier soir la lecture annotée de Vivre et avant de reprendre celle de La Vie dans l’univers du physicien rebelle Freeman Dyson (lequel a été délivré de la pesanteur terrestre en 2020) dont certains thèmes se retrouvent dans le roman de Sansal, à commencer par la situation de l’infime créature humaine dans l’immensité des galaxies, l’origine de la vie et ses fins dernières, l’importance de la biotechnologie au XXe siècle et nos relations avec d’éventuelles présences extraterrestres, etc.

Le dernier chapitre de La Vie dans l’univers est le plus surprenant, auquel je reviens ce matin pour la 42e fois (l’importance du nombre 42 est d’ailleurs relevée par le narrateur matheux de Vivre ), et qui postule la nécessité prochaine, pour l’humanité, de (ré)concilier son penchant religieux et les savoirs de la Science, avec un aperçu du goût de ce scientifique de haut vol pour les échappées imaginaires de quelques auteurs de science-fiction, où Sansal aurait sans doute sa place aujourd’hui.

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