Réservé aux abonnés

Le bonheur est chose légère que Joseph Delteil incarnait

JL K

Par JL K · Publié le 11 juillet 2019 · 8 min de lecture

Le bonheur est chose légère que Joseph Delteil incarnait
© 2019 Bon pour la tête / Matthias Rihs

Survivant mieux qu’un immortel académique, le chantre par excellence de la vie belle, «bonhomme inouï», nous revient par le truchement d’une très substantielle livraison de la revue «Instinct nomade», pilotée par le timonier Bernard Deson. C’est l’occasion de refaire le parcours d’un auteur adulé en sa jeunesse, oublié quelque temps, puis ressuscité au titre divers de précurseur de mai 68 et de «saint laïc», en attendant la caution fort heureusement improbable du Vatican…   

Sommaire

Figure éminemment originale de la littérature française du XXe siècle, Joseph Delteil (1894-1978), quoique massivement méconnu du grand public actuel, pourrait être dit un grand écrivain mineur – remarquable à la fois par son style et son mode de vie de véritable personnage, pittoresque à souhait –, au même titre qu’un Paul Léautaud ou un Albert Cossery. Comme ces deux derniers à la ville, Delteil figurait, au milieu de ses vignes du Languedoc, une manière d’individualiste à tout crin féru d’amitiés vraies, anarchiste en apparence mais ancré au plus profond de la civilisation paysanne traditionnelle dont il situait le paradis perdu au paléolithique.

Son opposition farouche à une société fondée sur le profit et l’aveugle  fuite en avant au nom d’un hypothétique progrès, ses positions incessamment réaffirmées contre la guerre, la violence et la déshumanisation, avaient fait de lui, dans les années 60, une sorte de  précurseur de mai 68, un peu à l’image du «philosophe dans les bois» américain Henry David Thoreau, sans qu’il devienne pour autant un «auteur culte» de la jeunesse, et ce malgré ce qu’il y avait chez lui de l’hédoniste, à l’instar de son ami Henry Miller, ou de l’utopiste à pieds nus propre à séduire les hippies.

D’un autre point de vue, l’homme vivant au quotidien comme une espèce de bienheureux avéré, avec sa chère vieille moitié américaine – Caroline Dudley, qui avait introduit la Revue nègre en France –, dans leur mas des environs de Montpellier, d’aucuns le déclarèrent «saint laïc», et voici que, dès son introduction au très riche numéro que sa revue Instinct nomade consacre cette année à Delteil, Bernard Deson n’hésite pas à en appeler à un procès en canonisation vaticane style santo subito post mortem, non sans un grain de sel de joviale ironie…

Commentaires

Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

À lire aussi

De Saint-Ursanne à Boncourt dans l’Ajoie heureuse

CultureArticleLibre

De Saint-Ursanne à Boncourt dans l’Ajoie heureuse

Nous reprenons ici le récit du tour de la Suisse à pied commencé l’été dernier. Aujourd’hui, la dernière étape: Develier - Le Sommet - Les Ordons - Col des Rangiers - La Caquerelle - Outremont - Saint-Ursanne - Séleute - Les Chainions - Porrentruy - Le Grand Fahy - Mormont - Courtemaiche - Buix - Boncourt.

Guy Mettan

De Bâle à Delémont avec le Père Dominique

CultureArticleLibre

De Bâle à Delémont avec le Père Dominique

Nous reprenons ici le récit du tour de la Suisse à pied commencé l’été dernier. Aujourd’hui: Bâle - Aesch - Tschöpperli - Blattepass - Blauepass - Mätzlerlechrüz – Laufen – Laufon - Röschenz - Huggerwald - La Réselle - Soyhières - Vorbourg - Delémont – Develier.

Guy Mettan

Balade chez les anthroposophes de Dornach

CultureArticleLibre

Balade chez les anthroposophes de Dornach

Nous reprenons ici le récit du tour de la Suisse à pied commencé l’été dernier. Aujourd’hui: Welschenrohr - Hunter Brandberg - Obere Tannmatt - Scheltenpass - Hohe Winde - Kloster Beinwil - Meltingerberg Bergwirtschaft - Meltingen – Ibach – Chessiloch – Grellingen – Dornach.

Guy Mettan

Quatre jours d’errance dans les replis du Jura

CultureArticleLibre

Quatre jours d’errance dans les replis du Jura

Nous reprenons ici le récit du tour de la Suisse romande à pied commencé l’été dernier. Aujourd’hui: Le Landeron - La Neuveville - Gléresse (église) - Douanne - Alfermée - Bienne - Gorges du Taubenloch - Frinvillier - Plagne - Montagne de Romont - Stierenberg – Untergrenchenberg - Pré-Richard - Court - Gorges de Court - Moutier - Cabane du Mont-Raimeux - Le Petit Pré - Corcelles - Gänsbrunnen - Welschenrohr.

Guy Mettan