Délices d’été: les promenades en hauteur

Loris Salvatore Musumeci

Par Loris Salvatore Musumeci · Publié le 15 juillet 2022 · 4 min de lecture

Délices d’été: les promenades en hauteur
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L’été est là, avec ses chaleurs, ses émois et ses folies. A travers six épisodes, partez à l’aventure dans les délices de l’été. Des amours en passant par la gastronomie jusqu’à la baignade et aux apéros, vivez un été aussi sensuel que littéraire avec Bon Pour La Tête. Episode 3: les promenades en hauteur.

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La ville est chaude. Au matin, dès l’aube, mon front est humide, mes pieds enflent, ma peau colle aux draps, ma peau colle à sa peau. Encore une nuit d’amour qui n’a servi à rien. Je fais des efforts, elle prétend en faire encore davantage, mais nous ne nous comprenons pas. 

Elle est déçue, je suis frustré. Nos corps ont beau s’unir, nos âmes restent étanches l’une à l’autre. Je croyais que ce serait différent cette fois. J’ai envie de pleurer. Elle pleure carrément. Au matin, dès l’aube, les reproches fusent, sur tout sur rien, dans ce lit où nous nous sommes pourtant aimés. Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne, ce sera la même chose. Je n’en peux plus. 

Alors je me lève, je rince mon visage, j’improvise la préparation d’un sac à la hâte, et je m’en vais. Le moteur de ma Panda tourne à peine, que je m’y vois déjà. L’évasion m’attend. La montagne est là. Je me gare au pied du téléphérique, et l’ascension commence à peine, que je respire déjà plus sereinement. 

Je regarde autour de moi, et les montagnes me soulagent et m’émeuvent. Je me mets en marche. J’avance et je marche, et au fur et à mesure de la montée, je laisse mes soucis derrière moi. Comme pour la natation, où mon corps est débarrassé des tensions qui fondent dans l’eau, la vue des hauteurs et le mouvement me débarrassent de tout poids. 

Je marche, et c’est comme si je m’envolais. La montée est âpre, mais je me laisse porter par un effort physique qui me vient comme un cadeau. Le soleil tape, et la sueur coule de mon front, mes pommettes sont saillantes et tout mon corps coule de sueur, coule vers le haut comme un cours inversé, et je me sens porté, et je me sens lavé. 

Je marche, et je m’oublie. J’arrête de penser. Il n’y a plus de réflexion, mais un simple regard posé sur ce qui m’entoure: la majesté des rochers qui me font face, les vaches qui paissent au loin et ce chemin en zig-zag qui invite chacun de mes pas. J’entre dans la contemplation. 

Je contemple et mon corps tout entier médite par l’effort. Chaque pas est une prière qui surgit du cœur et non plus de la tête. Chaque pas égraine le chapelet de cette aventure. Je m’arrête près d’une cabane pour ma pause. Avant de sortir mon pique-nique, je lèche le filet épais et clair d’une fontanelle en bois. Toute ma tête déguste cette douche jouissive qui décolle le sel, relique de sueur, de mon front et de mon cou. 

Je m’assois, mange assez peu, et je regarde. Me voilà réchauffé, me voilà revigoré, me voilà délivré. J’ai quitté la chaleur étouffante de la plaine, en croyant trouver la fraîcheur ici-haut. J’ai trouvé la paix dans la fraîcheur. En descendant, je repasse par un bout de forêt où, désormais hors de l’effort de la montée, je vis un instant de retour à l’enfance en caressant les troncs, en grattant la mousse, en me laissant transpercer par le parfum de la forêt. 

Je descends et je revois ces vaches: une simple caresse au museau de la plus calme d’entre elles et un sourire attendri s’impose sur mon visage. Je me sens bien. Même très bien. Tellement soulagé! Ah, c’est bon. «Pourtant, que la montagne est belle…» de Jean Ferrat me vient à l’esprit. 

Qu’en sera-t-il du retour à la maison, après cette randonnée? Je l’ignore. Mais qu’est-ce que cela aura changé alors? Moi. Prendre de la hauteur et marcher, ce n’est pas qu’une parenthèse pour s’évader et tout oublier pour une journée seulement, c’est trouver vers le haut ce qui pourra me relever plus bas. 

Aller en montagne, pour y trouver une semence de fraîcheur, une semence de force et une semence de paix, les planter en mon cœur et les laisser germer. Retourner en montagne, c’est arroser ces semences de l’eau de la marche. 

Les promenades en hauteur, un délice d’été à entreprendre et entreprendre à nouveau, pour un été plus frais, un été plus libre. Alors, on y va?


Episode 1: les amours estivales

Episode 2: les plaisirs du lac

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