Le bonheur est chose légère que Joseph Delteil incarnait


Survivant mieux qu’un immortel académique, le chantre par excellence de la vie belle, «bonhomme inouï», nous revient par le truchement d’une très substantielle livraison de la revue «Instinct nomade», pilotée par le timonier Bernard Deson. C’est l’occasion de refaire le parcours d’un auteur adulé en sa jeunesse, oublié quelque temps, puis ressuscité au titre divers de précurseur de mai 68 et de «saint laïc», en attendant la caution fort heureusement improbable du Vatican…
Sommaire
Figure éminemment originale de la littérature française du XXe siècle, Joseph Delteil (1894-1978), quoique massivement méconnu du grand public actuel, pourrait être dit un grand écrivain mineur – remarquable à la fois par son style et son mode de vie de véritable personnage, pittoresque à souhait –, au même titre qu’un Paul Léautaud ou un Albert Cossery. Comme ces deux derniers à la ville, Delteil figurait, au milieu de ses vignes du Languedoc, une manière d’individualiste à tout crin féru d’amitiés vraies, anarchiste en apparence mais ancré au plus profond de la civilisation paysanne traditionnelle dont il situait le paradis perdu au paléolithique.
Son opposition farouche à une société fondée sur le profit et l’aveugle fuite en avant au nom d’un hypothétique progrès, ses positions incessamment réaffirmées contre la guerre, la violence et la déshumanisation, avaient fait de lui, dans les années 60, une sorte de précurseur de mai 68, un peu à l’image du «philosophe dans les bois» américain Henry David Thoreau, sans qu’il devienne pour autant un «auteur culte» de la jeunesse, et ce malgré ce qu’il y avait chez lui de l’hédoniste, à l’instar de son ami Henry Miller, ou de l’utopiste à pieds nus propre à séduire les hippies.
D’un autre point de vue, l’homme vivant au quotidien comme une espèce de bienheureux avéré, avec sa chère vieille moitié américaine – Caroline Dudley, qui avait introduit la Revue nègre en France –, dans leur mas des environs de Montpellier, d’aucuns le déclarèrent «saint laïc», et voici que, dès son introduction au très riche numéro que sa revue Instinct nomade consacre cette année à Delteil, Bernard Deson n’hésite pas à en appeler à un procès en canonisation vaticane style santo subito post mortem, non sans un grain de sel de joviale ironie…




Commentaires
Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.