C’est le «Canard enchaîné», bien tuyauté, qui le révèle: A Paris, les ministères de la Santé et des Armées concoctent un guide à destination des soignants civils pour les préparer à l’accueil de soldats polytraumatisés. Ils auront la priorité sur les autres patients. Ses auteurs croient-ils vraiment à l’imminence d’une guerre élargie? Ou veulent-ils créer un climat de peur à des fins politiciennes? Mystère. Très concrètement, en revanche, l’armée américaine achève un hôpital géant près de sa base de Ramstein, en Allemagne.
Le vade-mecum français précise la motivation des autorités: «Dans le contexte géopolitique instable que nous connaissons, la possibilité d’un conflit en Europe n’est plus une hypothèse abstraite. Dès lors, s’y préparer ne relève plus d’un exercice de fiction mais d’une démarche d’assurance nécessaire.» Paris doit donc se préparer à recevoir «des blessés de guerre de seconde main», précise l’un des auteurs. Pas des patients comme les autres, mais «des soldats qui ont fait leur devoir pour le succès de leur mission». Comme les hôpitaux sont déjà surchargés aujourd’hui, cela induirait non pas un tri — le mot est exclu — mais tout comme… «Cela peut conduire à abaisser les standards de prise en charge pour l’ensemble des patients», reconnaissent les sermonneurs. Ceux-ci ajoutent que les soignants ne devront pas dire mot de cette activité supplémentaire, pour ne pas devenir une cible de la «désinformation» — encore elle! — qui viendrait «saper la confiance et perturber le bon fonctionnement du système de santé». Le Canard enchaîné ricane: «Comme s’il y avait besoin d’ingérence pour cela…»
Beaucoup de bruit pour rien? L’avenir le dira. En attendant, voyons ce que l’armée américaine met sur pied en Allemagne: un hôpital de 91 000 m3, avec neuf salles d’opération et près de cent lits, à côté de la grande base de Ramstein. Il sera le seul centre d’évacuation et de traitement avancé pour les militaires, civils et contractants américains blessés en Asie centrale et du Sud-Ouest, en Europe et en Afrique. Coût: 1,6 milliard de dollars, dont une partie importante est prise en charge par l’Allemagne, alors que ses soldats n’y mettront pas les pieds. La construction sera terminée à la fin de 2026. L’hôpital actuel, le Landstuhl Regional Medical Center, civil et militaire, est fort occupé. Avec l’accueil des soldats américains blessés en Iran et dans le Golfe, des soldats ukrainiens, ainsi que des volontaires américains, néo-zélandais, canadiens et britanniques frappés dans le Donbass.






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