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Tous les chemins mènent à l’homme, et bien plus si affinités

Jean-Louis Kuffer

Par Jean-Louis Kuffer · Publié le 2 août 2024 · 7 min de lecture

Tous les chemins mènent à l’homme, et bien plus si affinités
© Michael Kucharski via Unsplash

Dans son «Histoire des routes et de ceux qui les ont empruntées», l’écrivain-voyageur anglais Robert Macfarlane nous entraîne dans un périple fascinant à travers l’espace et le temps. Des empreintes humaines du Néolithique aux collines sous surveillance des alentours de Ramallah, «Par les chemins» conjugue savoir et poésie avec une prodigieuse porosité et une limpidité d’expression non moins remarquable.

Sommaire

Le chemin partirait ce jour-là des rayons de livres dévolus aux étonnants voyageurs, assez généreusement représentés dans cette bouquinerie de la petite ville lémanique de Vevey (Suisse du Sud-Ouest) à l’enseigne de L’Imprudence, jouxtant le bistrot au nom aussi évocateur de Bout du monde, et tenue par la libraire Odile Le Désert, je n’invente rien; et comme il ferait chaud comme dans un four à pain, ce jour-là, il y aurait de la neige dans les premières pages du livre qui tracerait le chemin, et sur la neige il y aurait des traces vous faisant penser (le chemin étant fait pour faire penser) qu’il a été emprunté bien avant que vos traces à vous signent le passage de ce jour-là comme à l’autre bout de ce chemin-là, 500 pages plus loin, vos traces rejoindront celles de frères humains (votre sens de l’inclusion vous fait naturellement penser sœurs quand vous parlez de frères) imprimées dans la vase d’un bord de mer il y a au moins 5’000 ans de ça où certaines d’entre elles ont été identifiées comme d’un couple typique de l’époque genre Adam et Eve, d’autres d’une très jeune fille probablement enceinte, d’autres encore d’un lourd auroch dont les traces de ses congénères disparus magnifient toujours les murs de Lascaux, etc.

«La neige était incroyablement lisible»

Robert Macfarlane est peu connu en nos contrées: il l’est en revanche énormément outre-Manche et par delà l’Atlantique où rien que ce livre magnifiquement édité en version française sous le titre de Par les chemins, aux éditions Les Arènes, a été salué dans sa version originale intitulée plus précisément The Old Ways. A Journey on foot, et parue en 2012, a été déclarée «meilleur livre de l’année» par les journaux les plus chics du monde anglo-saxon, du Guardian (dont l’auteur est un collaborateur notoire) à l’Independent, en passant par le Wall Street Journal et l’Observer, le Sunday Times et le non moins prestigieux Times Litterary Supplement, excusez du peu.

Cela pour évoquer l’impact à la fois grand public et «littéraire» d’un ouvrage dont la marche à pied constitue le vecteur principal, qui dépasse à tous égards une plate célébration de la rando sympa. L’on y découvre en effet – et le phénomène est entré dans les mœurs anglaises bien avant les modes actuelles –, le goût de la marche et des longs détours par sentiers et routes «historiques», non seulement sur terre mais de par les mers et même à travers les airs même si l’oiseau ne laisse guère de traces aussi visibles que sur la neige ou le sable… 

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