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Et si l’enfer, c’était soi, tel que l’autre nous perçoit?

Sabine Dormond

Par Sabine Dormond · Publié le 1 mars 2024 · 3 min de lecture

Et si l’enfer, c’était soi, tel que l’autre nous perçoit?
© A.L. via Unsplash

Alors que son polar «Les abricots de la colère» vient d’être réédité par BSN Press deux ans après sa parution, Antonio Albanese publie aux éditions BSN Press /Okama un roman noir intitulé «Le complexe d’Eurydice». Il y transpose le mythe d’Orphée et Eurydice à un couple qui se forme sur un malentendu, une plaisanterie du narrateur prise au sérieux par la femme qu’il convoite et qui devient immédiatement déterminante de la manière dont elle le perçoit. Au point que le héros n’a d’autre choix pour lui plaire que de se conformer de plus en plus à cette projection mentale jusqu’à perdre complètement son identité et ses valeurs propres.

Sommaire

A partir de cette excellente idée de départ, l’auteur nous emmène dans une descente aux enfers à la progression très crédible et maîtrisée, en traitant au passage le thème à la fois intemporel et très actuel de la violence conjugale. Mais pas à travers le point de vue de la victime comme les nombreux autres écrivains qui s’en sont emparés. Car si l’angle habituel permet de dénoncer, condamner sans appel et rallier sans peine l’adhésion du lecteur, et plus encore de la lectrice, il n’aide guère à comprendre comment on peut entrer dans un tel engrenage, ni à saisir l’ambivalence des sentiments qui animent les protagonistes de cette danse tragique. Antonio Albanese en revanche décortique parfaitement le mécanisme.

Ses deux derniers romans présentent quelques similitudes: ils traitent tous deux la question très actuelle des féminicides en s’appuyant sur des références classiques, un mythe de la Grèce antique et un Nobel de littérature. Le premier amour du narrateur joue un rôle prépondérant dans chacun de ces deux livres. Et l’enjeu principal est finalement la question de l’identité profonde. Dans quelle mesure se laisse-t-on façonner par les attentes supposées d’autrui, par les rencontres et par les gestes qu’on accomplit?

Outre l’histoire bien sûr, c’est le ton qui les distingue fondamentalement. Si le dialogue qui s’installe avec le lecteur à travers les notes de bas de page et les comparaisons truculentes qui imagent la narration confèrent une note humoristique au polar, on bascule dans la tragédie avec Le complexe d’Eurydice.

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