Les leçons de Maître Arditi rayonnent de belle humanité


Un grand roman chatoyant, «Le Danseur oriental», préludant à une prochaine «Trilogie de Constantinople», et précédé par une profession de foi «identitaire», «Comment je suis devenu juif en dix leçons (avant de virer parano)», déploient le double talent de romancier et d’essayiste-humaniste généreux dont nous avons grand besoin aujourd’hui…
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Pour votre première leçon de langue turque de ce matin, à laquelle Metin le métèque vous convie en marge du roman de près de 400 pages qu’il vient de publier sous une couverture évoquant un jeune derviche tourneur, vous noterez dans votre cahier le mot de seçmé, signifiant «choisi» et que vous prononcerez «setchmé» selon les indications de l’auteur jouxtant la généalogie familiale des protagonistes du roman, laquelle précède la liste de la quinzaine de figures proches ou carrément «historiques» impliquées, tel Kemal Atatürk, alias Mustafa Kemal Pacha, dans ce qui s’annonce comme une vaste fresque où le détail le plus infime (les petites misères physiques de l’implacable Kemal) le disputera aux tribulations de l’Histoire avec sa grande hache, le rideau du roman se levant le 5 septembre 1912 alors que l’empire ottoman s’effondre ou plus exactement se prépare à sa transformation en république – cela se fera en 1923, 1912 marquant la date où le jeune Gülgül, héros du roman, est «choisi» pour intégrer un groupe de lutteurs selon la tradition dont il deviendra le champion national.
De la langue, de la guerre et des doux mélanges
La question de la langue est essentielle pour un écrivain, autant que pour un peuple et les minorités linguistiques de partout, Russes d’Ukraine compris, vous diront que leur interdire l’usage de leur langue maternelle équivaut à une déclaration de guerre, au figuré ou au propre le plus sale. Or cela équivaut-il à un absolu identitaire? Peut-être en termes d’idéologie et de plans géostratégiques à grandes largeurs, mais le point de vue de l’écrivain, et plus particulièrement du romancier, vaut essentiellement dans les «petites» largeurs de la singularité personnelle, et c’est ainsi que les touches de couleur de la langue turque émaillant la marqueterie du roman de Metin Arditi, bien plus encore qu’une «couleur locale» participent de la polyphonie où le détail ciselé d’une miniature ottomane à calligraphie surfine s’inscrit dans le tableau magnifique d’une ville proprement «révélée» du nom de Constantinople.
Occupée par les Alliés après de violentes tribulations, la ville est dite «honteuse» mais reste supervivante, ville de bruits et d’odeurs enivrée par les cris des marchands ambulants, les vendeurs d’eau et les portefaix, portant encore beau dans un mélange de fierté et d’humiliation, «Byzance conquérante sur la rive droite de la Corne d’or, un Paris déjà décadent sur sa rive gauche et l’Asie de tous les espoirs sur l’autre rive du Bosphore »…




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