«Quand notre sire Dieu eut ainsi fait et ordonné le ciel, la terre et toutes les autres choses qui y sont, Dieu créa les anges pour le servir et il leur donna une vie éternelle. (…) Mais il y en avait un qui avait nom Lucifer, qui était si beau, si brillant et si lumineux, qu'il dépassait tous les autres anges. Et par la grande beauté que Dieu lui avait donnée, Lucifer s'en enorgueillit et voulut être pareil à Dieu son créateur...»
Sommaire
Ainsi commence le Manuscrit des Six Ages, un rouleau de parchemin vieux de six cents ans au moins, exceptionnel par sa longueur (huit mètres!) et son parfait état de conservation. Discrètement conservé jusqu’ici aux archives valaisannes, il fait l’objet d’une exposition et d’un excellent livre de Stève Bobillier, qui en révèlent la foisonnante richesse.
L’extrait cité plus haut remonte le ressort du drame: l’orgueil, péché originel. Le ressort va se détendre dans une succession de batailles, d’actes cruels ou héroïques, de catastrophes et de miracles. Cette véritable BD rédigée en vieux français, illustrée de trente-six dessins, mêle l’histoire biblique et l’Histoire tout court, nous entraîne exemples à l’appui dans l’éternelle lutte du Bien contre le Mal.
Eternelle? Pas tant que ça, en fait. Si la question «d’où venons-nous, où allons-nous?» est aussi ancienne que l’humanité, la division du temps écoulé et futur en différents «âges» varie selon les civilisations. En Orient, ils sont généralement cycliques. Les chrétiens leur ont donné un caractère plus linéaire: il y a un «début» et une «fin» des temps. Dans son Traité du catéchisme, Augustin d’Hippone (354-430) établit une équivalence entre les six âges de l’homme (naissance/enfance/adolescence/jeunesse/maturité/vieillesse) à ceux du monde (de la Création au Déluge/jusqu’à Abraham/jusqu’à David/jusqu’à la captivité à Babylone/jusqu’à la Nativité/jusqu’à la fin du monde).






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