L'Espace de Jacques Pilet

Allez comprendre!
Les journalistes ont pour tâche d’expliquer le comment et le pourquoi de ce qui se passe. Mais là, pardon, nous sommes dépassés. Sur tant de sujets, c’est à n’y rien comprendre. La logique de la guerre n’est guère logique. Elle affole la raison. Du plus grand évènement aux lointaines conséquences, on n’arrive plus à démêler les contradictions. Exemples...

Cajoler Pinochet, briser Assange
Cet article du «Monde diplomatique» (août 2022) ne plaira pas aux Britanniques et aux Américains. Il est signé d’un poids lourd du droit humanitaire, Nils Mezler, récemment appelé auprès de la direction du CICR, qui a enquêté sur le sort réservé à Julian Assange et trouvé «des preuves irréfutables de persécution politique et d’arbitraire judiciaire, ainsi que de torture et de mauvais traitements délibérés».

Voir la guerre en face
Le rapport de Amnesty international sur la mise en danger des civils par les combattants ukrainiens passe mal à Kiev et chez les Occidentaux, trop bien à Moscou. Sur le fond il n’est pas contesté. Mais on entend qu’il ne fallait rien dire de ces agissements pour ne pas jeter une ombre sur le pouvoir ukrainien. Plusieurs journaux n’ont d’ailleurs pas publié le communiqué dérangeant à sa sortie et n’ont fait place qu’aux protestations. Problème: les pays occidentaux affirment qu’en soutenant l’Ukraine, ils soutiennent la démocratie en Europe. Très bien, mais si cette croisade pour la liberté amène à faire taire des faits… quelque chose cloche.

Une voix allemande pour la paix
La nouvelle est passée inaperçue. Qu’on la juge importante ou pas, cet embarras des médias est significatif. Il y a quelques jours, un poids lourd de la politique allemande est allé à contre-courant. Michael Kretschmer est ministre-président (CDU) du Land de Saxe (4 millions d’habitants). Il a déclaré que la guerre en Ukraine devait maintenant être «congelée».

Comment se brouiller avec ses amis, la recette suisse
Il y a parfois des voisins qui semblent prendre plaisir à semer la bisbille entre eux. Pour un oui ou pour un non. La Suisse en est là. Elle accumule les faux pas, les maladresses et même les provocations dans sa politique étrangère. Face à la France dans l’affaire de l’avion de combat − on en sait plus aujourd’hui −, face à l’UE, face maintenant aux amis de l’Ukraine qui voulaient faire soigner ici des blessés, ce que le DFAE refuse. Comment diable sortir d’une telle pétaudière diplomatique?

Lituanie: le cauchemar des réfugiés
Dans la vision style BD de la guerre, tout est simple. Il y a le Méchant – qui a tout fait pour endosser le rôle –, la Victime, innocente par définition, et ceux qui la soutiennent, tous des petits saints de ce fait. Alors on trie les nouvelles. Celles qui ne vont pas dans le bon sens, à la corbeille. Ainsi donc le dernier cri d’alarme d'Amnesty International n’a été repris quasiment par personne. Il concerne les réfugiés. Pas les Ukrainiens, ceux-ci sont choyés là comme ailleurs. Mais les autres...

La paix? Un gros mot!
Quiconque ose parler de cessez-le-feu, d’accords pour l’avenir de l’Ukraine, est aujourd’hui accusé de lâcheté, sinon de complicité avec Poutine. Les Occidentaux le répètent sur tous les tons: il faut mener la guerre «jusqu’à la victoire», comme cela a été proclamé tant de fois dans l’histoire. Proclamation d’autant plus aisée qu’Américains et Européens ne risquent pas leur vie. Ils envoient des armes, des milliards à la malheureuse Ukraine, mais c’est celle-ci qui souffre et saigne à n’en plus finir. Ainsi que la Russie qui a déclenché cette invasion insensée.

Le prix du blé… au plus bas!
L’avertissement dramatique est lancé depuis des mois. Le blocage des exportations de blé et autres céréales à partir de l’Ukraine et de la Russie va affamer le monde. Poutine use là d’une arme odieuse. Tous les médias ont martelé le message. Et voilà que surgit une information qui ne confirme pas du tout cette assertion. Non pas sur les sites de la propagande russe. Sous les plus honorables enseignes. La surprenante nouvelle en revanche ne parviendra pas aux radios et aux télés.

L’Amérique latine vire à gauche
La victoire de Gustavo Petro en Colombie accentue le tournant. Après le Chili, l’Argentine, le Pérou, la Bolivie, le Mexique, voici un président de plus dans le champ de la gauche réformiste, à ne pas confondre avec le castrisme cubain ou le chavisme vénézuélien. Si Lula l’emporte au Brésil en octobre, ce serait un tournant géopolitique. Pas impossible mais incertain tant ce grand pays est agité de maintes crises fiévreuses.

Quand VW exploitait des esclaves dans l’Amazonie défrichée. Un Suisse était dans le coup
Plusieurs médias germanophones (dont la «NZZ» et le «TAZ» et la TV Die Erste) rapportent le procès qui va s’ouvrir au Brésil. Dans les années 70, le groupe automobile acheta une surface de 140’000 hectares de forêt tropicale en Amazonie. Une immense exploitation bovine s’y étendit, sous la direction d’un Suisse, Friedrich Brügger (84 ans). Les accusations établies par une longue enquête brésilienne sont accablantes.

Déesses profanées
«Déesses profanées», Shemsi Makolli, Editions de l’Aire, 64 pages.

Vous reprendrez bien une p’tite guerre ailleurs?
Fixés sur l’Ukraine, nos regards ignorent d’autres abcès qui ne cessent de s’envenimer, faisant courir le risque d’une autre guerre. Ils sont pourtant fort proches. L’Algérie et le Maroc rivalisent de discours hostiles et de menaces diverses. Avec un acteur européen directement touché, l’Espagne, entraînée dans la polémique et mal prise au chapitre de l’approvisionnement en gaz.

La Suisse déboussolée
On ne va pas parler de salade russe, mais quel salmigondis! La politique étrangère de la Suisse flotte comme jamais. L’Union européenne? Panne grave. L’OTAN? Jusqu’où pousser le rapprochement? L’Ukraine? Jusqu’à quel point l’aider? Quel sens a encore le mot neutralité? Bien malin qui y voit clair. Tant de discours fumeux et si peu de vision.

Comment la Russie profite des sanctions
L’édition alémanique de «Blick» approfondit une information peu diffusée ailleurs: en ce premier quart de l'année 2022, le budget de l’Etat russe est en surplus de 800 milliards de roubles (12,6 milliards de francs). Comment est-ce possible?

Le CICR sous le feu des critiques
La grande machine humanitaire basée à Genève apporte beaucoup à la population ukrainienne frappée par la guerre. Médicaments, vivres, matériel sanitaire par centaines de tonnes. Avec de nombreux délégués de nationalités diverses (plus de 600) et avec l’aide de diverses Croix rouges nationales, celle d’Ukraine en tête. Elle a fait ce qu’elle pouvait pour évacuer de Marioupol les civils bloqués, et tout récemment, avec l’ONU, les militaires de Azovstal qui rendaient les armes, désormais dûment enregistrés. On ne peut que s’en féliciter. Mais au chapitre de la protection des prisonniers des deux camps et du sort des personnes déplacées en masse, aucun mot fort. Signe d’impuissance? Ou changement de priorités? Troublant. Pour d’autres raisons aussi le climat est lourd à la tête du CICR.

Ukraine: sous les blessures d’aujourd’hui celles d’hier
Que faire de cette guerre dans nos têtes? Se laisser porter par le flot des récits et des images? Jamais un conflit n’en a déversé autant. On peut chercher à mieux connaître ce pays d’Europe, sa réalité complexe. Un outil précieux s’offre à nous: «L’Ukraine, une histoire entre deux destins» du journaliste et historien Pierre Lorrain, grand connaisseur des agressés et des agresseurs. Un travail approfondi qui chamboule les stéréotypes.

La montée des passions guerrières
Le sage penseur Edgar Morin, du haut de ses cent ans, tweetait l’autre jour: «Nous savons depuis 1914 qu’une guerre mondiale peut éclater sans que personne ne l’ait voulue.» Avant d’ajouter: «La terrible escalade de morts et de mots ne peut, si elle continue, que conduire à l’irrémédiable. L’urgence est de cesser le feu, non de souffler sur le feu.» D’où notre réflexion.

Benjamin Constant, monument à visiter
«Benjamin Constant», Léonard Burnand, Editions Perrin, 350 pages.

Ovide dans le Jura
On peut passer cent fois sur cette hauteur, peu après La Chaux-de-Fonds, sans se douter que cette grande ferme, vieille d’à peu près trois siècles, a contenu un trésor artistique. La Cibourg est au point de rencontre de trois cantons: Neuchâtel, Berne et Jura. Un personnage hors du commun y a vécu et mérite d’être connu. C’est possible grâce à un livre et une exposition au Musée national suisse de Prangins.

Gare aux pirates sur portables!
L’entreprise est bien nommée: Paycon AG. Son siège est à Schindellegi (Schwytz), elle prétend fournir divers services internet, des moyens de paiement et des conseils commerciaux. En fait, elle bombarde au hasard des numéros de portable et propose des cadeaux si l’on clique. Les personnes vulnérables tombent dans le piège. Dès lors elles se trouvent «abonnées» et reçoivent des cascades de SMS surtaxés.

Les Américains mènent le bal du gaz jusqu’en Méditerranée
Le monde a les yeux rivés sur la guerre entre la Russie et l’Ukraine. Il se passe pourtant, dans l’ombre, des manœuvres entre Etats qui peuvent être lourdes de menaces. Ainsi, le différend libano-israélien sur les frontières maritimes tourne mal. Un point chaud car les eaux revendiquées par les deux parties sont riches en gaz et en pétrole. Les Israéliens ont déjà commencé les extractions avec des compagnies américaines. Et la médiation des Etats-Unis, convenue il y a une dizaine d’années, n’arrange pas les choses.

Macron ou Le Pen? Suspense pour toute l’Europe
La candidate d’extrême-droite est aux portes de l’Elysée. Le risque bien réel d’un total chambardement au soir du 24 avril porte au-delà de la France. L’Union européenne s’en trouverait ébranlée jusque dans ses bases. Cela ne peut laisser personne indifférent sur le Vieux-Continent. Marine Le Pen peut prendre des tons doucereux, mettre des bémols et caresser ses chats sur Twitter, il n’empêche que son programme est clair: elle ne veut pas sortir de l’UE mais casser le projet de l’intérieur.

Des lettres inédites de Romain Gary

Les perdants, les gagnants, les observateurs et les victimes
Après six semaines de guerre, l’exercice est périlleux. Mais il est nécessaire de se faire une image d’ensemble, froidement, sans parti pris. Tentative. D’autant plus difficile que nous sommes submergés d’informations et d’images de toutes provenances, manipulées ou pas, utilisées par chaque camp comme une arme sur le terrain des opinions et des pouvoirs. Jamais un tel conflit n’a été ainsi montré, du haut des satellites et au ras du sol, par les portables et les caméras des envoyés spéciaux. Ce qui ne veut pas dire que l’on en sait plus sur ce qui se passe dans la tête des dirigeants à la manœuvre.