Réservé aux abonnés

Faut-il crucifier Amélie Nothomb?

JL K

Par JL K · Publié le 9 novembre 2019 · 10 min de lecture

Faut-il crucifier Amélie Nothomb?
© Matthias Rihs / BPLT 2019

Sous ses airs de fée-sorcière belge à la Harry Potter gérant son image à chapeaux dingues et malice de sale gamine, la fine mouche, nièce du savant «bibliste» Paul Nothomb, a poussé le bouchon jusqu’à parler au nom du rabbi Iéshouah, le Jésus de nos catéchismes et superstar de cinéma.

Sommaire

D’aucuns ont pris la romancière-à-succès de très haut, avec une condescendance toute parisienne qui ne pèse guère à côté de ce qui est vraiment développé dans ce monologue éminemment culotté, parfois pimenté d’ironie ou roulant des formules semblant «téléphonées» mais recoupant finalement, dans un langage tout simple à la fausse apparence «simplette», les méditations (sur l’incarnation, les miracles, le plaisir, l’amour charnel, la soif d’absolu, le scandaleux sacrifice de la croix, le chantage au salut, etc.) de certains commentateurs les plus pénétrants des paradoxes du christianisme, de Nietzsche à Simone Weil ou Vassili Rozanov dans La face sombre du Christ…

Cela pourrait commencer par un jeu où chacune et chacun dirait ce que le nom de Jésus évoque pour elle ou lui, et ce serait un premier défilé des Christs.

Il y aurait d’abord, je parle pour moi et mes frère et sœurs, le Jésus de nos enfances, le tout bon gars en robe bleu ciel à longs cheveux et barbe sympa qui nous la jouait tout en douceur en murmurant «laissez venir à moi les petits filous», et ce serait le même dont nos mère et grand-mères nous enjoignaient d’écouter la petite voix; et ensuite ce serait plutôt le grand frangin confident de l’école du dimanche, puis le Seigneur des sermons protestants et du catéchisme insistant sur l’enseignement moral de ses paraboles, ou le Jésus des miracles et de la présence réelle invoqué par les curés de nos petits camarades catholiques priés de voir dans le vin de messe son sang et dans l’hostie sa chair à ne pas mordre. Mais il va de soi que ces images eussent été tout autres, ou bonnement inexistantes, selon que l’on eût vu le jour en Nouvelle-Guinée entouré de parents en pagnes, ou dans quelque clinique pédiatrique pour nouveau-nés malformés, au titre des «bavures» de la Création.  

Commentaires

Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

À lire aussi

Anouilh, retrouvailles avec l’illustre inconnu

CultureArticle

Anouilh, retrouvailles avec l’illustre inconnu

Le répertoire de Jean Anouilh est rarement à l’affiche des théâtres. Il connut pourtant un demi-siècle de succès, avec une quarantaine de pièces. Applaudi dans l’espace francophone et parfois au-delà. Le livre que lui consacre Anca Visdei révèle une personnalité attachante, qui partage avec nous son énergie, sa passion, la dureté des revers.

Jacques Pilet