Bisbille autour des eaux du Nil

Publié le 14 octobre 2019

L’un des projets les plus ambitieux développé en Afrique est menacé. – © Fana Broadcasting Corporate

«La seule chose qui pourrait ramener l'Egypte à la guerre c’est l'eau», avait averti le président Anuar el Sadat en 1979, après la signature du traité de paix avec Israël. Que se passerait-il alors si, l’année prochaine, l'un des projets les plus ambitieux en cours de développement en Afrique réduisait le flot des eaux du Nil, s’interroge le journal «El País».

Le projet en question, qui menace actuellement de déclencher une crise régionale, est connu sous l’appellation «Grand Barrage de la Renaissance éthiopienne» (GERD). Un travail gigantesque dans le Nil Bleu, l’un des cours d’eau qui forme le Nil, et dont la multinationale italienne Salini Costruttori a commencé la construction en 2011, mandatée par le gouvernement éthiopien.

D’une longueur de 1800 mètres et d’une hauteur de 145 mètres, avec une capacité d’environ 74 milliards de m3 d’eau, il s’agira de la plus grande structure de ce type en Afrique. Elle permettra d’approvisionner la plus grande centrale hydroélectrique du continent. Sa production en électricité sera de six mille mégawatts, l’équivalent de six réacteurs nucléaires. Mais le projet, d’une valeur totale de quatre milliards de dollars, implique plusieurs pays: l’Égypte d’un côté, l’Éthiopie et le Soudan de l’autre, en fonction de leur utilisation des eaux du Nil.

Al Sissi promet de réagir

L’Égypte, tout comme Adis-Abeba, estime que cette initiative peut causer des dommages économiques dévastateurs. Le Caire s’y oppose donc catégoriquement. Pour le président Al Sisi, il s’agit d’«une question de vie ou de mort» pour son pays. Selon les calculs des Egyptiens, une réduction ne serait-ce que de 2% des eaux du Nil causerait une catastrophe pour l’économie du pays, qui dépend en grande partie de l’agriculture autour du fleuve. Elle occasionnerait la perte des moyens de subsistance de quelque 200’000 familles. Le Nil Bleu fournit 60% de l’eau qui arrive en Égypte, précise le journal El País.

Dimanche 15 septembre, après un peu plus d’un an de congé, les ministres de l’Eau et des Affaires étrangères de l’Éthiopie, du Soudan et de l’Égypte se sont réunis au Caire pour reprendre les négociations au sujet des opérations à mener sur le barrage. L’Éthiopie et l’Égypte y ont présenté leurs propositions, mais chacun a rejeté celles de l’autre. L’Égypte a ensuite officiellement annoncé l’échec des négociations sur la GERD, ne cachant pas son mécontentement face à cette impasse.

Le Caire a fait pression pour une période de remplissage du bassin de cinq ans au lieu des trois proposées par l’Éthiopie. Mais Addis-Abeba est pressée: la population a faim, les affrontements ethniques créent des problèmes majeurs au gouvernement d’Ahmed Abiy, le jeune président au pouvoir depuis avril 2018.

Selon la chaîne de télévision Sky News Arabia, l’Égypte a demandé à impliquer la communauté internationale dans des discussions techniques avec le Soudan et l’Éthiopie.

Le projet pharaonique est maintenant dans sa phase finale. Il entrera en production en 2020 et devrait être pleinement opérationnel en 2022. Pour l’Éthiopie, le barrage est très important: sans énergie, l’économie du pays n’aurait aucune chance de se developper. Une fois le barrage achevé, l’Ethiopie deviendra un important producteur d’énergie dans la région de l’Afrique de l’Est, jusqu’à en devenir le principal exportateur, ainsi que l’acteur principal de la production d’énergie renouvelable.


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