Des animaux, des hommes et des robots


Le nouvel ouvrage d’Alain Finkielkraut a au moins deux grands mérites. Le premier est de proposer une série de réflexions sur la question animale sans tomber dans les extrêmes, celui de l’antispécisme et du véganisme, d’un côté, et de la défense économique de l’élevage industriel, de l’autre. Son second mérite est de nous faire découvrir un académicien quittant les sujets qui l’ont obsédé ces dernières années. «Des animaux et des hommes», sorti le mois dernier, s’érigera très certainement en livre de référence en la matière. Mieux, il pourra peut-être sensibiliser les personnes non acquises à la cause animale, d’autant plus dans une époque où les humains ne sont plus maîtres sur Terre. Les robots, notre propre création, posent déjà la question de leur supériorité sur notre espèce.
Sommaire
Des animaux et des hommes n’est pas un livre anodin. Il s’agit d’un recueil de discussions tirées de l’émission Répliques, qu’Alain Finkielkraut anime depuis plus de trente ans sur France Culture. Alain Finkielkraut n’en est donc pas l’auteur, ou plutôt, il n’en est pas le seul auteur. Publié sous sa direction, cet essai polyphonique fait entendre les avis souvent contradictoires mais toujours nuancés de personnalités aux parcours fort divers, mais qui tous sont reliés par cette question de nos rapports avec les animaux. Le lecteur voit ainsi dialoguer Benoît Duteurtre et François Morel, Jocelyne Procher et Yann Sergent, ou encore Isabelle Sorente et Jean-Baptiste Del Amo.
Le débat, voilà ce qui fait en grande partie l’intérêt de ce livre publié chez Stock. Laissant la parole à ses invités mais intervenant toujours dans les conversations, Alain Finkielkraut défend un point de vue mesuré sur la question animale. A la fois contre l’élevage industriel donnant lieu à des usines comme la ferme des mille vaches et contre le véganisme réclamant la cessation de toute consommation de nourriture d’origine animale, le philosophe français propose de réfléchir à l’importance d’un élevage fermier, qui n’exclue pas la modernisation. Explication de cette position subtile, car spéciste1 mais sensible à la souffrance animale.
Les paradoxes de la «libération animale»
Pour Alain Finkielkraut comme pour une bonne moitié des intervenants de son livre, les adeptes de la libération animale, qu’on appelle les «antispécistes», se heurtent à un paradoxe philosophique: comment peut-on proclamer qu’il n’y a aucune différence de nature entre l’homme et les autres animaux, aucune supériorité morale ou intellectuelle, et en même temps affirmer que les êtres humains ont un devoir éthique envers les animaux, celui de leur épargner la souffrance? C’est justement parce que nous avons ce quelque chose en plus (certains parleront de la raison, d’autres de la parole) que nous pouvons accorder de l’importance morale aux animaux. C’est vrai, jamais nous ne verrons une baleine se préoccuper de l’extinction d’une autre espèce, à commencer par nous.




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